‹ Œuvres, Volume 19Chapitre 13 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ses paroles sont des liens, ses serments iles oracles, son amour sincère , ses pensées pures comme le jour, ses pleurs des messagers partis de son cœur, et son cœur aussi loin de la fausseté que le ciel l'est de la terre.

Shakspbarb.

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nous aurons pour renfort Chingacbgook , si je puis l'amener ici en pirogue. Alors je crois que lui et moi nous pourrons répondre de Tarche et du château , jusqu«à ce que les officiers des forts entendent parler de cette escarmouche, ce qui doit arriver tôt ou tard, et ils nous enverront du secours, si nous n'en avons pas d'autres.

— Les officiers ! s'écria Judith , la rougeur de ses joues et le feu de ses yeux annonçant une émotion vive, mais passagère ; qui pense à eux? qui parle d'eux en ce moment? Nous suffisons pour la défense du château. Parlez-nous de mon père et du pauvre Hurry Harry.

— Il est naturel que vous preniez cet inték'èt à votre père, Judith, répondit Deerslayer, et je suppose qu'il ne Test pas moins que vous en éprouviez pour Hurry*

Il commença alors une relation claire, mais succincte, de tout ce qui s'était passé la nuit précédente, ne cachant rien de ce qui était arrivé à ses compagnons, et ne dissimulant pas son opinion sur ce qui pouvait en résulter. Les deux sœurs l'écoutèrent avec une grande attention; mais aucune d'elles ne montra les craintes et les inquiétudes qu'auraient manifestées des femmes moins habituées aux hasards et aux accidents de la vie des frontières. A la grande surprise de Deerslayer, Judith parut la plus affligée; Hetty Técouta très-attentivement, mais elle semblait réfléchir en silence sur les faits, au lieu de donner des signes extérieurs de sensibilité. Le jeune chasseur ne manqua pas d'attribuer Tagitation de l'ainée à l'intérêt qu'elle prenait à Hurrj^ autant qu'à l'amour filial , tandis qu'il pensait que l'indifférence apparente de la plus jeune venait de la faiblesse de son esprit, qui l'empêchait de prévoir les suites fatales que pouvait avoir leur captivité. Cependant elles parlèrent fort peu et s'occupèrent des préparatifs du déjeuner, comme ceux qui sont chargés de soins semblables s'en acquittent machinalement, même au milieu des souffrances du corps et des chagrins de Tesprit. Le déjeuner se passa dans un sombre silence; les deux sœurs mangèrent à peine ; mais Deerslayer prouva qu'il possédait une des qualités nécessaires à un bon soldat, celle de conserver un bon appétit au milieu des plus grands embarras et des circonstances les plus alarmantes. Le repas se termina sans qu'on eût à peine prononcé une syllabe. Alors Judith prit la parole avec le ton rapide et convulsif d'une sensibilité qui ne peut plus supporter de se contraindre, et qui trouve plus pénible de se cacher que de montrer de l'émotion.

— Mon père aurait aimé ce poisson, s'écria-t-elle en soupirant.

ou LE TUEUR DE DAIMS.

n dit que le saumon du lac est presque aussi bon que celui de la mer.

— Votre père connaît la mer, à ce qu'on dit, Judith, dit Deersiayer qui ne put s'empêcher, en lui faisant cette question, de jeter sur elle un regard annonçant sa curiosité; car, de même que tous ceux qui connaissaient Thomas Hutter, il aurait voulu savoir quelque chose de l'histoire de sa jeunesse. Hurry Harry m'a dit qu'il avait été marin.

Judith parut d'abord embarrassée; puis, cédant à des sentiments qui étaient nouveaux pour elle de plus d'une manière, elle devint tout à coup communicative, et parut même prendre intérêt à cette conversation.

— Si Hurry sait quelque chose de l'histoire de mon père, s'écriat-eUe, je -voudrais qu'il me Teût dit. Quelquefois je crois aussi qu'il a été marin , et ensuite je ne le crois plus. Si cette caisse était ouverte, ou qu'elle pùt parler, elle pourrait peut-être nous faire connîdtre toute son histoire; mais la fermeture en est trop solide pour qu'elle puisse se briser comme un fil.

Deerslayer jeta un regard sur la caisse, et l'examina avec attention pour la première fois. Quoiqu'elle fût décolorée, et qu'U fût évident qu'elle avait été traitée avec fort peu de cérémonie, il reconnut que, pour les matériaux et la main-d'œuvre, elle était fort supérieure à tout ce qu'il avait jamais vu en ce genre. Le bois en était noir, très-dur, et 1 on voyait encore qu'il avait été autrefois parfaitement poli, quoiqu'il n'en restât plus que peu de traces; et la manière dont elle était sillonnée de raies profondes prouvait qu'elle avait été en collision avec des substances encore plus dures qu'eDe. tes coins en étaient garnis en acier bien travaillé, et les serrures, qui étaient au nombre de trois, ainsi que les gonds, étaient d'un travail égal à tout ce qu'on aurait pu trouver même dans les premières boutiques de Londres. La caisse était très-grande, et quand Deerslayer prit une des poignées pour essayer de la soulever, il vit que le poids était en proportion de la grandeur.

— Avez-vous jamais vu cette caisse ouverte, Judith? demandat-il avec toute la liberté de la frontière; car ceux qui habitaient sur les limites de la civilisation ne connaissaient guère la délicatesse sur de pareils sujets à cette époque, s'ils la connaissent même aujourd'hui.

— Jamais. Mon père ne l'a jamais ouverte en ma présence, et je ue erois pas qu'il en ait jamais levé le couvercle. Du iLoins, pei'^ ^nne ici n'en a été témoin.

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— Vous vous trompez, Judith, dit tranquillement Hetty; j'ai vu mon père en lever le couvercle.

Un sentiment de retenue ferma la bouche du jeune chasseur. Il n'aurait pas hésité à aller au-delà de ce qu'on aurait cru les bornes des convenances en questionnant la sœur aînée, mais il se fit un scrupule de chercher à profiter de l'esprit faible de la cadette. Maii^ Judith, n'éprouvant pas la même contrainte, se tourna sur-lechamp vers sa sœur et continua la conversation.

— Quand avez-vous vu mon père ouvrir cette caisse, Hetty?

— Bien des fois. Mon père l'ouvre bien souvent quand vous n'êtei^ pas ici ; et U s'inquiète fort peu que je sois présente, que je voie tout ce qu'il fait, et que j'entende tout ce qu'il dit.

— Et que dit-il? que fait-il?

— C'est ce que je ne puis vous dire, Judith, répondit Hetty eu baissant la voix, mais d'un ton ferme. Les secrets de mon père ne sont pas les miens.

— Ses secrets! cela est encore plus étrange! — N'est-il pas singulier, Deerslayer, que mon père fasse connaître ses secrets à Hetty, et qu'il me les cache?

— Il y a de bonnes raisons pour cela, Judith, quoique vous ne deviez pas les savoir. Mon père n'est pas ici pour répondre, et je ne dirai plus un mot sur ce sujet.

Judith et Deerslayer parurent surpris, et pendant quelques instants la sœur aînée eut Tair piqué. Mais, reprenant tout à coup son sang-froid, elle se détourna de sa sœur, comme par pitié pour sa faiblesse d'esprit, et s'adressa au jeune chasseur.

— Vous ne nous avéz conté que la moitié de votre histoire, lui dit-elle; vous en êtes resté à l'endroit où vous vous êtes endormi dans la pirogue, ou, pour mieux dire, à celui où vous vous êtes levé en entendaut le cri d'un loon. Nous avons aussi entendu ces oiseaux, et nous avons pensé que leurs cris pouvaient annoncer une tempête, quoiqu'il y en ait bien rarement sur ce lac dans cette saison de l'année.

— Le vent souffle et la tempête gronde quand il plaît à Dieu , tantôt dans une saison, tantôt dans une autre, et les loons parlent suivant leur nature. Après m'être levé pour écouter ce cri, étant assuré que ce ne pouvait être le signal de Hurry, je me recouchai et je m'endormis. Quand l'aurore parut, je me levai, et je donnai la chasse aux deux pirogues, de peur que les Mingos ne s'en emparassent.

— Ce tfest pas encore tout, Deerslayer; nous avons entendu des

coups de feu sous les montagues du côté de Torient, et les échos les ont répétés si vite, qu'ils ont dû être tirés sur le rivage, ou à bien peu de distance de la côte. Nos oreilles sont accoutumées à ces sous, et elles ne peuvent se tromper.

— Elles ont fait leur devoir pour cette fois, Judith. Oui, il 7 a eu des coups de feu tirés ce matin , quoique en moins grand nombre qu il en eut pu être tiré. Un guerrier est parti pour aller chasser dans les forêts de la terre des esprits. On ne doit pas s*attendi*e à ce qu'un homme de sang blanc se vante de ses exploits et fasse étalage de chevelures.

Judith respirait à peine en l'écoutant, et conune Deerslayer, avec sa manière tranquille et modeste, semblait disposé à ne pas en dire davantage, elle se leva, traversa la chambre, et alla s'asseoir à côté de lui. Ses manières n'avaient rien de hardi; elles indiquaient seulement le vif instinct de l'affection et la bonté compatissante d'une fenune. Elle prit la main endurcie du chasseur, la serra entre les siennes, peut-être sans le savoir, et le regarda avec intérêt, et presque avec un air de reproche.

— ^Yous avez combattu les sauvages, seul et sans aide, Deerslayer, par désir de nous protéger Hetty et moi. Vous les avez combattus ayec bravoure, sans avoir personne pour vous encourager, ou pour être témoin de votre chute si la Providence eût permis une si grande calamité.

— Oui, Judith, oui, j'ai combattu l'ennemi, et c'était pour la première fois de ma vie. De pareilles choses doivent arriver, et elles causent un sentiment mêlé de chagrin et de triomphe. La nature humaine est une nature combattante, je suppose, puisque nous voyons les nations se battre et s'entre-tuer; et nous devons être fidèles à notre nature. Ce que j'ai fait jusqu'ici n'est pas grand'chose ; mais si Chingachgook vient ce soir à notre rendez-vous près du rocher, comme cela est convenu entre nous, et que je puisse le ramener ici à rinsu des sauvages, ou, s'ils le savent, en dépit d'eux, alors nous pourrons voir quelque chose qui ressemblera à la guerre, avant que les Mingos s'emparent du château, de l'arche ou de vous.

— Qui est ce Chingachgook? D'où vient-il? Pourquoi vient-il ici?

— Ces questions sont naturelles et justes, je suppose , quoique le nom de ce jeune homme soit déjà célèbre dans son pays. Chingachgook a dans ses veines le sang des Mohicans, et il vit avec les Delawares, comme la plupart des membres qui restent de sa tribu, qui a été détruite par raccroissement du nombre des hommes de

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notre couleur. Il appartient à la famille des grands chefs, son père^ Uncas , ayant été l'homme le plus distingué de sa tribu , tant pendant la guerre que dans les conseils. Le vieux Tamenund lui-même honore Chingachgook, quoiqu'on le trouve encore trop jeune pour pouvoir conduire les autres à la guerre. Mais cette nation est tellement dispersée et diminuée, que le titre de chef chez elle n'est guère autre chose qu'un nom. Eh bien! cette guerre étant commencée tout de bon, Chingachgook et moi nous prîmes rendez-vous pour ce soir, au coucher du soleil, près du rocher rond qui est à l'extrémité du lac, pour ensuite partir ensemble pour notre première expédition contre les Mingos. Pourquoi nous sommes venus précisément par ici, c'est notre secret; mais, comme vous pouvez le sup« poser, des jeunes gens réfléchis, qui sont sur le sentier de la guerre, ne font rien sans calcul et sans dessein.

— Un Delaware ne peut avoir d'intentions hostiles contre nous, dit Judith après un moment d'hésitation, et nous savons que le& vôtres sont amicales.

— La t^hison est le dernier crime dont j'espère être jamais* accusé, répondit Deerslayer, blessé de l'espèce de méfiance que Judith venait de montrer, et surtout la trahison contre ma propre couleur.

— Personne ne vous soupçonne, Deerslayer, s'écria-t-elle vivement. Non, non, votre physionomie honnête serait une garantie suffisante de la fidélité de mille cœurs. Si tous les hommes avaient une langue aussi véridique , et ne promettaient pas ce qu'ils n'ont pas dessein d'exécuter, il y aurait moins de perfidie dans le monde, et Ton ne regarderait plus de beaux panaches et des habits écarlates comme des excuses pour la bassesse et la tromperie.

Elle parlait avec force et même avec énergie , et ses beaux yeux, ordinairement si doux et si attrayants, étincelaient à l'instant où elle se tut. Deerslayer ne put s'empêcher de remarquer cette émotion extraordinaire; mais, avec le tact d'un courtisan, non-seulement il évita d'y faire allusion, mais il réussit même à cacher l'effet q^i' avait produit sur lui cette découverte. Judith reprit peu à peu son air calme, et comme elle désirait évidemment se montrer sous un jour favorable aux yeux du jeune chasseur, elle fut bientôt en ètàl de renouer la conversation, comme si rien n'eût troublé son «ang-ffoid.

— Je n'ai pas le droit de vouloir pénétrer vos secrets ou ceux de votre ami, Deerslayer, dit-elle, et je suis disposée à donner pleine confiance à tout ce que vous dites. Si nous pouvons réellement nous

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adjoindre un autre allié de votre sexe, dans un moment si difficile, ce sera une grande aide pour nous, et je ne suis pas sans espoir que, lorsque les sauvages verront que nous sommes en état de tenir le lac, ils nous offriront de rendre leurs prisonniers en échange de peaux , ou du moins du baril de poudre que nous avons dans la maison.

Le jeune chasseur avait sur les lèvres les mots chevelure et prime, mais la crainte d'alarmer la sensibilité des deux sœurs lempécba de faire allusion, comme il se le proposait, au destin probable de leur père. Mais il était si loin d'être initié dans l'art de déguiser ses pensées, que ses traits expressifs les dévoilèrent à Judith, dont Tintelligence naturelle avait encore été rendue plus vive par les habitudes de la vie qu'elle menait et par les risques qui en étaient inséparables.

— Je vous comprends fort bien, continua-t-elle , et je sais ce que vous diriez, si vous n'étiez retenu par la crainte de m'affliger , de no2is affliger, veux-je dire , car Hettj aime son père tout autant que moi. Mais cette idée n'est pas celle que nous avons des Indiens. Ds ne scalpent jamais un prisonnier qui n'a pas été blessé, et ils préfèrent l'emmener vivant, à moins qu'ils ne se laissent entraîner par le désir féroce de le torturer. Je ne crains rien pour la chevelure de mon père, et je n'ai que peu de crainte pour sa vie. S'ils tombaient sur nous à la dérobée pendant la nuit, ils nous massacreraient tous; mais les prisonniers faits dans un combat sont rarement mis à mort , du moins jusqu'à ce que le temps de les faire périr dans les tortures soit arrivé.

— C'est leur tradition, et c'est même leur pratique, j'en conviens : mais savez-vous, Judith , pourquoi votre père et Hurry ont attaqué les Indiens?

— Oui, je le sais, et c'était un motif bien cruel. Mais que voulezvous ! les hommes seront ^toujours des hommes, et il y en a qui portent des galons d'or et d'argent, et qui ont dans leur poche un brevet du roi, et qui sont coupables de la même cruauté. — L'œil de Judith étincela de nouveau ; mais, par un effort désespéré, elle reprit son calme, et affectant de sourire, sans pouvoir y réussir tout à fait, elle ajouta : Mon sang s'enflamme quand je songe à tout le mal que font les hommes; mais c'est une faiblesse. Ce qui est Mi est fait, et ni les plaintes ni les regi'ets ne peuvent y remédier. Quant aux Indiens, ils pensent si peu à répandre le sang, et ils estiment tellement les hommes qui montrent de la hardiesse dans leurs entreprises , que s'ils savent dans quel dessein leurs prison-

116 DEERSLAYER niers sont venus dans leur camp, il est probable qu'ils les honoreront au lieu de les en punir si cruellement.

— Pour un certain temps, Judith; oui, j'en conviens, pour un certain temps. Mais quand ce sentiment s'efface , la soif de la vengeance y succède^Chingachgook et moi, nous devrons réfléchir à ce que nous pouvons faire pour rendre la liberté à votre père et à Hurry, car les Mingos rôderont encore quelques jours dans les environs de ce lac pour tirer tout l'avantage qu'ils pourront de leur premier succès.

— Vous croyez qu'on peut avoir toute confiance en ce Delaware?

— Autant qu'en moi-même. Vous avez dit que vous ne me soupçonniez pas, Judith.

— Vous ! s'écria Judith en lui prenant encore la main et en la serrant entre les siennes avec une ferveur qui aurait éveillé la vanité d'un homme moins simple et moins modeste, et plus disposé à se targuer de ses bonnes qualités; je soupçonnerais aussitôt un frère. Je ne vous connais que depuis un jour, Deerslayer, mais ce jour a suffipour me donner une confiance d'une année en vous. Votre nom ne m'était pourtant pas inconnu, car les officiers des forts parlent fréquemment des leçons que vous leur avez données à la chasse, et tous proclament hautement votre honnêteté.

Parlent-ils de nos parties de chasse? demanda Deerslayer, riant à sa manière silencieuse. Je ne vous demande pas ce qu'ils disent de ce que je puis faire en ce genre, car si l'on n'en est pas convaincu à présent dans toute cette partie du pays, ce n'est pas la peine d'avoir la main ferme et l'œU sûr. Mais que disent-ils de ce qu'ils savent faire eux-mêmes? oui, qu'en disent-ils? On dit que les armes sont leur métier, et pourtant il y en a quelques-uns qui ne savent guère s'en servir.

— J'espère qu'il n'en est pas de même de votre ami Chingachgook, comme vous l'appelez. Que signifie ce nom dans notre langue?

— Le Grand Serpent. On l'a nommé ainsi à cause de sa prudence et de sa dextérité. Uncas est son véritable nom. Tous les membres de sa famille s'appellent Uncas, jusqu'à ce qu'ils aient mérité qu'on leur donne un autre titre.

— S'il a tant de prudence, ce sera pour nous un ami très-utile, à moins que les affaires qui l'amènent dans ces environs ne l'empêchent de nous servir.

— Je ne vois pas grand mal, après tout, à vous dire quelles sont ses affaires, et comme voiis pouvez trouver le moyen de nous aider.

au LE TUEUR DE DAIMS. 117 je vous confierai ce secret ainsi qu'à Hetty, comptant que vous le garderez comme si c'était le vôtre. Vous saurez donc que Chingacl)gook est un jeune Indien de bonne mine, et que toutes les jeunes filles de sa tribu voient de bon œil, tant à cause de sa famille que pour lui-même. Or, il y a un chef qui a une fille nommée Wahta!-Wah; ce qui signifie en anglais hist-ohî-hist*, et c'est la plus jolie fille de toute sa tribu , et tous les jeunes guerriers désirent l'avoir pour femme. Eh bien , Chingachgook s'est pris d'affection pour Wah-ta!-Wah , et Wah-taJ-Wah s'est prise d'affection pour Chingachgook. — Ici Deerslayer interrompit son récit, en s' apercevant que Hetty s'était levée pour s'approcher de lui, et qu'elle restait debout, l'écoutant avec l'intérêt et l'attention qu'accorde un enfant à l'histoire que sa mère lui raconte. Il jeta un regard affectueux sur e^tte jeune et innocente fille et reprit ensuite son récit. — Oui, il l'aima, et il en fut aimé, cl quand cela arrive, et que les deux familles sont d'accord, il est rare que le maiiage n'ait pas lieu. Cependant Chingachgook ne pouvait obtenir une telle conquête sans se faire quelques ennemis parmi ceux qui étaient ses rivaux; un certain Yocommon , nom qui signifie en anglais Briarihorn ^, fut celui qui prit la chose le plus à cœur, et nous le soupçonnons d'avoir mis la main à tout ce qui s'est passé ensuite. Wah-ta !-Wah, il y a deux mois, partit avec son père et sa mère pour aller pêcher le saumon dans les rivières de l'Ouest , où tout le monde convient que ce poisson se trouve en plus grande quantité, et pendant qu'ils étaient ainsi occupés, la jeune fille disparut. Pendant plusieurs semaines, nous ne pûmes en avoir aucunes nouvelles; mais il y a dix jours, un courrier qui traversa le pays des Delawares nous apporta un message qui nous apprit qu'elle avait été enlevée à ses parents, à ce que nous croyions, sans en être tout à fait sûrs, par quelque fourberie de Briarthorn, et qu'elle est à présent avec nos ennemis, qui l'ont adoptée , et qui veulent la marier avec un jeune Mingo. Le même message disait que cette troupe de Mingos comptait chasser dans ces environs pendant un mois ou deux, avant de s'en retourner dans le Canada, et que si nous pouvions découvrir sa piste, il pourrait arriver des événements qui nous fourniraient les moyens de l'enlever à notre tour.

— Et en quoi cela vous concerne-t-il, vtms^ Deerslayer? demanda Judith avec quelque inquiétude.

— Cela me concerne comme tout ce qui touche un ami concerne

4. Bist eil une interjection qui a le inôme isn« anglais que celle itî «n flrançtlf.

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