‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 66 sur 77 · CHAPITRE LX1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX1I

Que faire maintenant ?

Il était nuit lorsque la diligence arriva à Londres. Waverley fit ses adieux à ses compagnons de voyage et s'éloigna d'eux promptement, ayant soin de changer souvent de rue, de peur d'en être suivi. Enfin il prit une voiture de place pour se rendre à l'hôtel du colonel Talbot, dans un des principaux squares à l'ouest de la ville. Depuis qu'il était marié le colonel avait hérité d'une fortune qui lui donnait une certaine importance politique, et il vivait dans ce qu'on appelle à Londres le grand style. Ce ne fut pas sans peine qu'Edouard parvint à se faire introduire. Le colonel était à table avec son épouse dont la charmante figure conservait un reste de pâleur.

Le colonel n'eut pas plus tôt entendu la voix de Waverley, qu'il se leva et courut l'embrasser. — Comment vous portezvous, mon cher Stanley? lui dit-il; soyez le bienvenu, mon cher enfant. — Ma chère Emilie, voilà le jeune Stanley.

Lady Emilie tressaillit en faisant son compliment de réception; l'altération de sa voix et le tremblement de sa main annonçaient la vive émotion qu'elle venait d'éprouver. Waverley se mit à table, et le colonel continua sa conversation. — Je ne m'attendais pas à vous voir ici, mon cher Frank ; les médecins m'ont assuré que l'air de Londres était tout-à-fait contraire à votre maladie ; c'est une imprudence, mon ami. Je suis enchanté, ainsi qu'Emilie, d'avoir votre visite, quoique nous ne puissions espérer qu'elle sera de longue durée.

— Des affaires pressantes, répondit Waverley, m'ont fait entreprendre ce voyage.

— Je le présume ; mais pour le bien de votre santé, je vous conseille de les terminer le plus tôt possible. Spontoon ! dit-il à un domestique dont l'attitude et la démarche annonçaient un ancien militaire, Spontoon, vous viendrez vous-même si je sonne : ne laissez entrer aucun autre domestique; mon neveu et moi nous avons à parler d'affaires.

— Au nom de Dieu, cher Waverley, dit-il lorsque les domestiques furent tous sortis, apprenez-moi quelle affaire a pu vous décider à venir à Londres ; elle est donc de nature à vous faire mépriser la vie?

— Cher monsieur Waverley, dit Emilie, vous à qui je ne pourrai jamais prouver ma juste reconnaissance, comment avez-vous pu commettre une telle imprudence?

— Mon père... mon oncle... lisez ce paragraphe. Il montra le journal au colonel Talbot.

— Je voudrais, dit Talbot après l'avoir parcouru, que tous ces coquins fussent condamnés à être écrasés sous leurs presses! On m'assure qu'il y a dans ce moment à Londres plus d'une douzaine de ces gazettes : faut-il être surpris si elles fabriquent des mensonges pour avoir du débit? Il n'est cependant que trop vrai, mon cher Edouard, que vous avez perdu votre père. Quant à la cause de sa mort, elle ne provient ni de l'inquiétude ni du chagrin dont les poursuites dirigées contre les membres de sa famille auraient déchiré son cœur. Je dois vous dire la vérité pour vous délivrer du poids qui vous accable et vous réconcilier avec vous-même. M. Richard Waverley s'est montré dans toute cette affaire très peu sensible pour vous et pour votre oncle. La dernière fois que j'eus l'honneur de le voir, il me dit d'un air joyeux que puisque j'avais la complaisance de me charger de vos intérêts, il croyait qu'il valait beaucoup mieux qu'il travaillât pour lui-même, et qu'il employât le crédit de tous ses amis pour faire sa paix avec le gouvernement.

— Mais, mon oncle, mon cher oncle!

— Il n'a pas la moindre chose à craindre. Il est vrai qu'à l'époque où cet article a été inséré dans le journal, il circulait

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quelques bruits;... mais ils étaient sans fondement. Sir Everard est parti pour Waverley-Honour, sans autre inquiétude que celle que vous lui donnez... Mais vous êtes en danger vous-même; \otre nom se trouve sur toutes les listes de coupables; des mandats d'amener ont été lancés contre vous. Depuis quand êtes- vous ici ? comment ètes-vous venu?

Edouard lui rendit un compte exact de tout ce qui lui était arrivé, excepté de sa querelle avec Fergus : aimant lui-même les Highlanders, il craignait d'augmenter l'antipathie nationale que le colonel nourrissait contre eux.

— Etes-vous bien assuré que vous avez vu dans les bruyères de Clifton le cadavre du page de votre ami Glen... ?

— Je n'en puis douter.

— C'est un vol que ce petit démon a fait à la potence: il devait être pendu, c'était écrit sur son front. Quant à vous, Edouard, je voudrais que vous retournassiez dans le Cumberland, et plût à Dieu que vous ne l'eussiez pas quitté ! On a mis l'embargo dans tous les ports; les recherches qu'on fait des partisans du Prétendant se poursuivent avec la plus grande sévérité. Cette maudite femme bavardera tant, qu'on finira par découvrir que son compagnon de voyage avait pris le nom de Butler.

— La connaissez-vous, colonel ?

— Son mari a servi sous moi pendant six ans en qualité de brigadier chef. Elle était, une joyeuse veuve avec un peu d'argent. — Nosebag l'épousa, — fit bien son devoir et parvint comme bon instructeur. — Je vais charger Spontoon de découvrir sa demeure ; il la trouvera sans doute chez d'anciennes connaissances du régiment. Demain vous garderez la chambre sous prétexte d'indisposition; vous prendrez le nom d'un de mes parens qui n'est connu d'aucun de mes domestiques, si ce n'est de Spontoon ; mais vous n'avez rien à craindre de lui... Préparez-vous à vous plaindre d'un violent mal de tête; et vous, ina chère Emilie, donnez des ordres pour qu'on prépare un lit pour Frank Stanley, et qu'on ait pour lui toutes les attentions que son état de convalescence exige.

WAVERLEY. 449 Le lendemain le colonel rendit visite à son hôte. — J'ai quelques bonnes nouvelles à vous apprendre, dit-il ; vous êtes entièrement justifié de l'accusation d'avoir suscité l'insurrection dans le régiment de G*4*, et d'avoir trahi vos devoirs. J'ai correspondu à ce sujet avec un de vos plus sincères amis, le pasteur Morton. Sa première lettre était adressée à sir Everarcl, à qui j'évitai la peine de faire la réponse. 11 est bon que vous sachiez que votre hôte de la caverne, Donald, a fini par tomber entre les mains des Philistins ; il emmenait les bestiaux d'un certain propriétaire appelé Kulhan Kerlan....

— Killancureit peut-être?

— Précisément. Il parait que ce gentilhomme était un grand fermier qui tenait fortement à ses troupeaux, et que ne comptant pas beaucoup sur son propre courage, il avait demandé qu'on établit un poste militaire pour protéger sa propriété. Donald mit sa tête dans la gueule du lion, comme on dit; sa troupe fut battue, et lui fait prisonnier. Lorsqu'il fut condamné à être exécuté, sa conscience fut assaillie d'une oreille par un prêtre catholique, et de l'autre par votre ami Morton. Il repoussa le catholique, surtout à cause de la doctrine de l 'extrême-onction que cet économe gentilhomme considérait comme un dégât excessif d'huile. La tâche de le tirer d'un état d'impénitence finale resta donc à M. Morton , qui, j'ose dire, s'en acquitta à merveille, quoique je suppose que Donald ne fit qu'un étrange chrétien après tout. Cependant il déclara devant un magistrat ( un major de Melville, je crois) qu'il avait trompé Houghton en se servant de votre nom , que c'était lui qui vous avait tiré des mains de Gilfillan;

que d'après les ordres du Prêt , du chevalier, il vous avait

fait conduire comme prisonnier au château de Doune, et que depuis il avait appris qu'on vous avait fait partir de là pour Edimbourg, sous une escorte militaire. Il se contenta d'ajouter qu'il avait été chargé de vous délivrer et de vous protéger, et qu'il en avait été récompensé largement ; mais il ne voulut point nommer la personne qui lui avait donné cette commission, sous prétexte qu'il avait juré secrètement sur la lame de

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son dirk de ne jamais la faire connaître ; et rien au monde, à ce qu'il paraît, n'eût été capable de lui faire violer un semblable serment.

— Et qu'est-il devenu?

— Il a été pendu avec son lieutenant et quatre de sa bande, au fort Stirling, après que les rebelles en eurent levé le siège. Il eut le privilège d'un gibet plus haut que celui des autres.

— Je n'ai pas de grands motifs de le regretter ni de me réjouir de sa mort; cependant il m'a fait beaucoup de bien et beaucoup de mal.

— Sa déclaration peut vous être très utile, puisqu'elle vous décharge de ces accusations qui vous plaçaient dans une catégorie bien différente de celle de ces malheureux gentilshommes qui ont pris les armes contre le gouvernement. Leur trahison (je dois l'appeler ainsi, quoique vous ayez participé à leur faute ) provient d'une erreur de vertu, et ne peut être regardée comme déshonorante, quoique criminelle. Lorsque les coupables sont en grand nombre, la clémence doit s'étendre sur la plupart d'entre eux. Tout me porte à croire que j'obtiendrai votre pardon, pourvu que vous ne tombiez pas dans les griffes des tribunaux avant qu'ils aient choisi leurs victimes : vous connaissez le proverbe vulgaire : — premier venu, premier servi. — D'ailleurs le gouvernement a besoin d'intimider les jacobites qui sont encore en Angleterre. Cette mesure de rigueur ne peut être de longue durée ; mais dans ce moment vous auriez tout à craindre : mettez-vous à couvert jusqu'à ce que l'orage soit passé.

Spontoon entra l'air soucieux. Par le moyen de ses connaissances du régiment, il avait trouvé madame Nosebag. Elle était, dit-il, furieuse, ayant découvert qu'un imposteur avait voyagé avec elle sous le nom du capitaine Butler du régiment de dragons de G***. Elle allait le dénoncer, afin qu'on le poursuivit comme un émissaire du Prétendant. Mais Spontoon (vieux soldat ), tout en feignant de l'approuver, l'avait engagée à différer sa déclaration.

Cependant il n'y avait pas de temps à perdre ; les rensei-

giiemens fournis par cette bonne dame pouvaient fort bien amener à découvrir que le prétendu Butler n'était autre que Waverley : ce qui serait certainement dangereux pour Edouard, peut-être pour son oncle, et même pour le colonel Talbot. Une s'agissait plus que de savoir où se réfugier.

— En Ecosse, dit Edouard.

— En Ecosse ! s'écria le colonel. Dans quel dessein, je vous prie? J'ose espérer que ce n'est pas pour vous unir une seconde fois aux rebelles.

— Non, colonel ; je regarde mes engagemens comme terminés, puisque tous mes efforts pour les rejoindre ont été vains ; d'ailleurs dans la campagne d'hiver qu'ils se proposent de faire dans les montagnes, je leur serais plutôt à charge qu'utile. Il me semble qu'ils n'ont le projet de traîner la guerre en longueur que pour fournir au prince l'occasion de s'échapper : ensuite ils tâcheront d'entrer en arrangement pour eux-mêmes. Ma personne ne ferait que les embarrasser, car on m'a dit que ce n'est que d'après ce motif qu'ils ont laissé en garnison à Carlisle tous les Anglais qui se trouvaient dans leur armée. Il y a plus, colonel : quelque mauvaise opinion que vous puissiez concevoir de l'aveu que je vais vous faire, je dois vous dire que je suis dégoûté du métier de la guerre ; comme dit le lieutenant original d'une comédie de Fletcher * :

— je suis las de toutes ces batailles. —

— Batailles 1 Eh! qu'avez-vous vu? Quelques escarmouches! Que diriez-vous donc si vous eussiez fait la guerre sur une plus grande échelle, et que vous eussiez vu soixante ou cent mille combattans de part et d'autre?

— Je n'ai pas cette curiosité, colonel; repas suffisant, comme dit notre proverbe populaire, vaut un grand festin .

— « Les soldats avec leurs panaches et la guerre glorieuse2 »

— m'enchantaient dans la poésie ; mais les marches de nuit, les veilles, les bivouacs sous un ciel d'hiver, et les autres accessoires du noble métier ne sont nullement de mon goût

(i) Auteur contemporain deShakspeare. — Éd. (2) J-.xwressiotis de Shakspeare dans Othello. — Éd.

dans la pratique. — Quant aux coups, j'en eus ma part à Clifton, où j'échappai dix fois par miracle, et je croyais aussi que vous Il s'arrêta.

— Que j'en ai eu assez à Preston, alliez-vous dire? répondit le colonel en riant. Que voulez-vous? — « c'est ma vocation, Henry ! — * »

— Ce n'est pas la mienne : puisque j'ai eu le bonheur de me servir honorablement de mon épée, comme simple volontaire, je renonce à la reprendre.

— Je suis charmé de vous trouver dans de pareils sentiînens; mais dites-moi, je vous prie, qu'espérez-vous faire en Ecosse ?

— Si d'abord je puis parvenir à me rendre dans quelqu'un des ports de mer qui sont encore au pouvoir du prince, il ne me sera pas difficile de m'embarquer pour le continent

— Fort bien ; — et votre second motif ?

— A ne vous rien cacher, il y a dans ce moment en Ecosse une personne de qui dépend le bonheur de ma vie ; sa position m'inquiète au dernier point...

■ — Emilie ne s'est pas trompée ; l'amour est de la partie : et quelle est celle de ces deux jolies Ecossaises que vous vouliez à toute force me faire admirer, qui est la belle préférée? J'ose espérer que ce n'est par miss Glen ?

— Non.

— Ah ! passe pour l'autre : on peut instruire la simplicité , mais jamais la morgue ni l'orgueil. Je puis vous dire en confidence que votre projet obtiendra l'approbation de votre oncle ; j'ai eu occasion de lui en parler en plaisantant : seulement j'espère que cet intolérable beau-père, avec sesbrogues, son tabac , son latin et ses interminables histoires sur le duc de Berwick , sera obligé d'aller habiter un pays étranger. Quant à sa fille. . . Il vous serait facile de faire un très bon mariage en Angleterre; mais si vous aimez réellement celte rose d'Ecosse, comme votre oncle a la plus haute opinion du baron de Bradwardine et de sa fille, et qu'il désire ardemment vous

(i) Le colonel cite ici une phrase de Shakspeare dans Henry IV. — Éd.

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voir marié , soit pour votre propre bonheur, soit pour être assuré que les trois hermines passant ne périront pas, je vous conseille de suivre l'inclination de votre cœur. Au reste , je vous ferai connaître d'une manière plus détaillée les véritables sentimens de votre oncle à cet égard; je ne larderai pas à vous rejoindre en Ecosse.

— En vérité ! Et quel motif auriez-vous de retourner en Ecosse? Ce n'est pas, je le crains bien, le tendre regret que vous inspire le pays des montagnes et des torrens?

— Non, sur mon honneur. Grâce au ciel, la santé de ma chère Emilie est entièrement rétablie ; et pour dire la vérité , j'espère terminer heureusement l'affaire que j'ai commencée, pourvu que je puisse avoir une entrevue avec Son Altesse Royale le général en chef; car comme dit Fluellcn1, — « Le duc m'aime , et je remercie le ciel de m'avoir fait mériter son affection » . — Je vais sortir pour m'occuper des préparatifs de votre départ : pendant mon absence qui ne sera que de quelques heures , vous aurez la liberté d'aller jusque dans la pièce voisine ; vous y trouverez mon Emilie , et vous pouvez passer le temps à causer, à lire, à faire de la musique : j'ai pris des mesures pour qu'aucun domestique ne vienne vous interrompre , j'en excepte Spontoon ; il est fidèle comme l'acier.

Le colonel revint au bout de deux heures, et trouva son jeune ami auprès de son épouse, charmée des manières, de la sensibilité et de l'instruction d'Edouard , et lui de se trouver enfin dans la société de personnes de son rang, après en avoir été privé si long-temps.

— Maintenant, Edouard, lui dit le colonel, écoutez mes arrangemens : vous n'avez guère de temps à perdre. Edouard Waverley, autrefois Williams, autrefois Butler, doit continuer à porter le nom de Francis Stanley, mon neveu : il partira demain de bonne heure; la voiture le mènera jusqu'au troisième relai. Il y trouvera Spontoon avec une chaise de poste qui le conduira promptement à Huntingdon ; la présence de Spontoon que tout le monde sur la route connaît pour être à

(i) Personuage du Henry V de Shakspeare, déjà cité. — Éd,

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mon service, éloignera tous les soupçons. A Huntingdon, vous trouverez le véritable Francis Stanley, étudiant à l'université de Cambridge. Dans l'incertitude où j'étais si la santé de mon Emilie me permettrait de me rendre en Ecosse, j'avais obtenu un passeport pour mon neveu qui m'aurait remplacé ; et comme son voyage n'avait d'autre but que de courir après vous , il est maintenant tout-à-fait inutile. Stanley est au courant de votre histoire : vous dinerez ensemble , et peut-être trouverez-vous dans vos deux têtes prudentes quelque nouveau plan pour diminuer les dangers de votre voyage. Maintenant, ajouta-t-il en ouvrant un porte-feuille de maroquin , il faut vous mettre en fonds pour la campagne .

— Mon cher colonel, je suis confus —

— Oh ! dans tous les temps vous pourrez disposer de ma bourse ; mais cet argent que je vais vous remettre vous appartient : votre père, dans la crainte d'un malheur, m'a remis en fidéicommis une somme de 15,000 livres sterling ; vous avez de plus la propriété de Brere-Wood. Yoilà des billets de banque pour 200 livres. Lorsque vous aurez besoin d'une somme plus forte, vous n'aurez qu'à m'en donner avis.

Le premier usage que fit Edouard de cette augmentation de fortune fut d'envoyer une grande tasse en argent à l'honnête fermier Jopson.Yeuillez, lui écrivit-il, recevoir ce cadeau comme un souvenir de la part de votre ami Williams qui n'oubliera jamais la nuit du 18 décembre dernier. Il le priait en même temps de lui conserver soigneusement ses habillemens de montagnard , et surtout ses armes , auxquelles il tenait beaucoup comme étant curieuses par elles-mêmes et auxquelles l'amitié de ceux qui les lui avaient données ajoutait une grande valeur. Lad y Emilie se chargea du soin de faire à mistress Williams un cadeau qui pût être de son goût et flatter son amour-propre. De plus, le colonel qui était aussi un peu agriculteur, promit d'envoyer au patriarche d'Ulswater un bel attelage de charrue.

Waverley passa un jour de bonheur à Londres ; et lendemain , voyageant de la manière convenue , il trouva Francis

Stanley à Huntingdon. La connaissance fut bientôt faite entre les deux jeunes gens.

— Je n'ai pas de peine à deviner l'énigme de mon oncle , dit Stanley : ce prudent vétéran ne se souciait pas de me dire lui-même que mon passeport m'étant inutile, je pouvais vous le passer ; et que s'il arrivait quelque mésaventure, cela ne tirerait pas à conséquence : ce serait le tour d'un jeune fou de Cantabre 1 . Vous voilà donc Francis Stanley par ce passeport.

Le passeport fut utile à Waverley qui s'en servit sans scrupule , ayant renoncé à toute opposition contre le gouvernement au nom duquel il était délivré. La journée se passa très gaîment : le jeune étudiant fit mille questions à Waverley pour connaître les détails de sa campagne , les mœurs et les usages des Highlands. Le lendemain wStanley accompagna son ami pendant quelques milles ; mais il fut obligé de le quitter parce que Spontoon, rigide observateur de la discipline et de l'obéissance , ne cessait de lui représenter qu'il ne se conformait pas aux intentions de son oncle.

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