‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 67 sur 77 · CHAPITRE LXI1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI1I

Les ravages de la guerre civile.

Notre héros voyagea en poste à franc étrier suivant l'usage de ce temps-là, sans autres aventures que deux ou trois questions sur son nom. Il s'en tira, grâce au talisman de son passeport. Arrivé aux frontières d'Ecosse, il apprit la victoire décisive de Culloden2, remportée par les troupes anglaises.

(i^ C'est-à-dire d'un étudiant de Cambridge. On croit que l'empereur Prcbus transporta d'Espagne à Cambridge une colonie de Cantabres , race vandale ou gothique.— Ed.

(2) Ce fut le 16 avril 1746 que se termina à Culloden, danile comté d'Inverness, la romanesque expédition du dernier des Stuuvts. Quatre compagnie", françaises

Ii s'y attendait depuis long-temps, quoique l'affaire de Falkirk eut jeté un dernier éclat sur les armes du chevalier ; cependant cette nouvelle l'affligea vivement et il en fut long-temps comme inconsolable.

— Ce prince si généreux , si aimable , si magnanime , est donc fugitif; sa tète est mise à prix ; et ses amis, si braves, si enthousiastes , si fidèles , sont morts , emprisonnés ou bannis ! Que fait maintenant l'enthousiaste et brave Fergus, si toutefois il a survécu à la nuit de Clifton?. .. Que fait l'honnête, le sensible, le vertueux baron de Bradwardine dont les ridicules ne servaient qu'à mieux faire ressortir son désintéressement , son véritable courage, la candeur de son ame, la bonté de son cœur ? Dans quelle position affreuse se trouvent Rose et Flora, privées aussi de leurs protecteurs naturels? — Waverley pensait à Flora avec les sentimens qu'un frère a pour sa sœur ; mais à Rose avec des sentimens plus vifs et plus tendres. Du moins il pourrait, se disait-il, protéger ces deux orphelines et remplacer les appuis qu'elles avaient perdus.

Agité de ces pensées il hâta davantage encore son voyage. A peine fut-il arrivé à Edimbourg qu'il comprit tout l'embarras de sa situation. Plusieurs habitans de cette ville l'avaient vu et connu sous le nom d'Edouard Waverley : comment pourrait-il se servir d'un passeport sous le nom de Francis Stanley ? Il sentit que la prudence lui faisait un devoir d'éviter la société, et de partir pour le nord de l'Ecosse le plus tôt possible. Il fut cependant obligé de différer son départ de deux ou trois jours , parce qu'il attendait une lettre du colonel Talbot ; il devait aussi laisser son adresse sous son nouveau nom dans un endroit dont ils étaient convenus. Il sortit sur le soir pour exécuter ce dernier projet, ayant soin d'éviter tous les regards ; ses précautions furent inutiles. La première personne qu'il rencontra fut mistress Flockhart : il en fut reconnu à l'instant.

— Ah ! Dieu vous soit en aide , monsieur Waverley ! est-ce

protégèrent de leur valeur les Highlanders , atteints pour la première fois d'une teneur panique. Mais les supplices attendaient encore les v;iiueus après la défaite. - Eu.

vous? s'écria-t-elle : allez, vous n'avez rien à craindre de moi ; je suis incapable de vous trahir. Il y a eu bien du changement ! Comme vous étiez gais , le colonel Mac Ivor et vous , dans notre maison ! — La bonne veuve ne put s'empêcher de répandre quelques larmes.

Il n'était guère possible de se cacher de mistress Flockhart. Waverley la reconnut de bonne grâce , et lui avoua tout le danger de sa situation.

— Voilà qu'il l'ait nuit , lui dit son ancienne hôtesse : vous allez venir prendre une tasse de thé avec moi — Si vous vouliez coucher dans la petite chambre, je veillerais à ce qu'on ne vint point vous interrompre. Personne ne vous connaîtra, parce que Kate et Matty1, mes deux péronnelles, ont suivi deux dragons du régiment d'Hawley ; je lésai remplacées par deux nouvelles servantes.

Waverley s'empressa d'accepter son invitation et retint son logement pour une nuit ou deux , persuadé qu'il serait plus en sûreté dans la maison de cette brave femme que partout ailleurs. En entrant dans le parloir il sentit palpiter son cœur à l'aspect de la toque de Fergus accrochée près de la glace et encore ornée de la cocarde blanche. Mistress Folckhart remarqua la direction de ses yeux. — Hélas! dit-elle en soupirant, le pauvre colonel en acheta une neuve la veille de son départ. Je ne veux pas laisser gâter celle-ci ; je la brosse moimême tous les matins ; et quand je la regarde il me semble que j'entends le colonel demandant sa toque à Callum ;. . . je tâche d'imiter sa voix, et j'appelle aussi Callum !... C'est une folie ; toutes les voisines m'appellent jacobite ; mais elles diront tout ce qu'elles voudront..., je ne sais si je le suis ou non ; le colonel avait un si bon cœur î . . . il était si beau ! ... Oh ! savez-vous , monsieur Waverley, quand il doit souffrir?

— Souffrir, dites-vous! où est-il?

— Eh ! pour l'amour de Dieu! vous ne le savez pas? Vous vous souvenez bien de Dugald qui portait toujours une hache d'armes sur l'épaule ; il vint ici , je puis dire, pour demander

(î) Abréviations familières , Catherine et Marthe. — - Ed.

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quelque chose à manger. Eh bien ! il nous dit que le chef, comme il l'appelle (moi, je dis toujours le colonel), et l'enseigne Mac Combien , que vous connaissez bien , avaient été pris quelque part sur les frontières d'Angleterre dans une nuit très obscure, et que Callum Beg (c'était un petit vaurien celui-là) avait été tué, et vous aussi, ainsi que plusieurs autres braves du clan. Ah ! comme il pleurait en parlant du colonel ! On dit maintenant que le colonel doit être mis en jugement avec les officiers faits prisonniers à Carlisle.

— Et sa sœur?

— Ah ! celle qu'on appelait lady Flora ? Elle est dans les environs de Carlisle, chez quelque grande dame papiste de ses amies, pour être près de son frère.

— Et l'autre jeune dame? demanda encore Edouard.

— Quelle autre? je ne connaissais qu'une sœur au colonel.

— Je veux parler de miss Bradwardine.

— Ah oui ! la fille du laird ! Pauvre enfant ! elle était aussi une bonne fille ; mais plus timide que lady Flora.

— Pour l'amour du ciel! où est-elle?

— Et qui peut le savoir ? On les poursuit tous de si près pour leurs cocardes et leurs roses blanches ; . . . mais elle retourna chez son père, dans le Perthshire, lorsqu'elle sut que les soldats du gouvernement s'approchaient. — Oh ! il y avait de gentils garçons parmi eux. Je fus obligée de loger un major qu'on appelle Whacker : il était bien honnête et bien aimable ; mais , monsieur Waverley , il s'en faut de beaucoup qu'il valut le pauvre colonel.

— Savez-vous ce qu'est devenu le père de miss Bradwardine?

— Le vieux laird? personne ne le sait : on dit qu'il s'est battu en diable dans l'affaire sanglante à Inverness1. Deacon Clank , le ferblantier, prétend que les gens du gouvernement sont furieux contre lui, parce qu'il est sorti2 deux fois... et

(1) La plaine de Cnlloden n'est pas loin d'Inverness. — Ed.

(2) Ont, lo go out , sortir, aller dehors. C'était l'expression délicate dont on se servait en Ecosse pour dire qu'on avait pris les armes eu 1 7 i 5 et en 1745. — Eu.

certes il aurait dû y prendre garde : mais il n'y a pas de

fou pire qu'un vieux fou. . . Le pauvre colonel n'est sorti qu'une fois.

Cette conversation disait tout ce que la bonne veuve savait du sort de ses derniers hôtes. Mais c'en était assez pour déterminer Edouard à partira tout hasard pourTully-Veolan, dans l'espoir de s'y procurer des informations plus certaines sur le sort du baron et de sa fille. Il laissa une lettre signée du nom de Stanley pour le colonel Talbot, à l'endroit convenu, et donna son adresse à la poste la plus voisine du château de Bradwardine.

Il prit des chevaux de poste jusqu'à Perth, dans l'intention de faire le reste du voyage à pied , non-seulement par goût, mais pour avoir la facilité de quitter la grande route lorsqu'il apercevrait quelques détachemens de soldats. La campagne qu'il venait de faire l'avait habitué à la fatigue : il envoyait son bagage devant lui quand il en trouvait l'occasion. Plus il s'avançait vers le nord, plus les traces de la guerre devenaient sensibles : il rencontrait à chaque pas des charriots brisés, des cadavres de chevaux, des arbres abattus, des ponts rompus ou réparés à demi , des fermes dévastées : tout annonçait le passage d'une armée ennemie. Dans les endroits où les propriétaires étaient attachés à la cause des Stuarts les maisons étaient démolies ou désertes; tous les travaux qu'on pourrait appeler culture d'ornement étaient interrompus; les malheureux h abitans erraient dans la camp agne , tr emblans , tristes et consternés t .

Il n'arriva que vers le soir dans les environs de Tully- Yeolan. Combien ses sentimens différaient de ceux qu'il avait éprouvés la première fois qu'il y fit son entrée ! Il était alors si novice dans la carrière de la vie , qu'un jour de mauvais temps ou d'ennui était un des plus grands malheurs qu'anli-

(i) Les détails que l'auteur va donner sur les vengeances fatales des Anglais n'ont rien d'exagéré Le prince Charles-Edouard avait toujours triomphé en chevalier ; le duc de Curaberland, second fils de Georges II, triompha en bourreau. Des familles entières furent irùlées vives dans leurs maisons, et repoussées dans les flammes par le» baïonnettes. — Éi>.

cipat son imagination ; et il lui semblait alors que son temps ne devait être consacré qu'à des études d'agrément , interrompues par les plaisirs d'une société aimable et gaie. Quels changemens ! combien son caractère était devenu triste, mais plus élevé dans l'espace de quelques mois ! Le péril et le malheur sont des maîtres sévères qui nous instruisent bien vite. — Plus triste, mais plus sage, — il sentait plus de confiance dans son caractère ; et sa dignité d'homme lui paraissait du moins une compensation des illusions flatteuses que l'expérience avait si promptement dissipées.

Ce ne fut pas sans étonnement qu'il vit qu'un détachement assez nombreux était établi et stationnaire près du village. Il le conjectura d'abord en apercevant quelques tentes dressées sur la plaine appelée la Bruyère communale. De crainte d'être reconnu il fît un long circuit par un sentier qui lui était familier pour arriver à l'entrée du parc. Quel tableau s'offrit à ses regards ! Un battant de la porte restait seul , inutile et ébranlé sur ses gonds; l'autre avait été fendu et destiné au feu; les éclats en étaient amoncelés pour être emportés ; les créneaux étaient mutilés et jetés par terre; les ours qui faisaient faction depuis tant de siècles étaient gisans parmi les décombres. L'avenue n'était pas moins cruellement dévastée : on avait abattu les arbres, dont plusieurs étaient encore couchés en travers du chemin. Les troupeaux des paysans et les chevaux des dragons avaient converti en vase noire la verte pelouse qu'Edouard avait jadis tant admirée.

En entrant dans la cour Waverley vit réalisées toutes les craintes que lui avait fait concevoir ces premiers ravages. La maison avait été saccagée, on avait même commencé d'y mettre le feu. Quoique les murs en pierre de taille eussent résisté en plusieurs endroits à l'atteinte des flammes , les étables avaient été entièrement consumées , les tourelles et les pinacles du corps de logis principal étaient noircis, les pavés de la cour arrachés et brisés , les portes détruites ou ne tenant plus qu'à un seul gond, les fenêtres enfoncées ; partout étaient épars des meubles mis en pièces. Ces orncmens antiques aux-

quels le baron attachait tant d'importance et portait tant de respect avaient été l'objet des outrages les plus méprisans. La fontaine était démolie, l'eau formait une mare dans la cour, et le bassin servait d'abreuvoir. Tous les ours, grands et petits, avaient éprouvé le même sort que ceux qui étaient à l'entrée de l'avenue ; enfin on marchait sur les lambeaux d'un ou deux portraits de famille qui semblaient avoir servi de boucliers grotesques aux soldats.

Edouard contemplait avec un serrement de cœur tous ces débris. A chaque pas il sentait redoubler son inquiétude et ses craintes sur le sort du baron et de sa fille. La terrasse offrit encore à ses yeux un nouveau spectacle de dévastation. La balustrade était renversée, les murs détruits, les platesbandes pleines de mauvaises herbes les arbres fruitiers coupés ou déracinés. Dans un des compartimens de cet antique jardin étaient deux immenses marroniers dont le baron était particulièrement vain. Afin de ne pas se donner la peine de les abattre, les agens de la dévastation avaient eu la méchante industrie de les miner en mettant des paquets de poudre dans leurs cavités. Un de ces arbres avait été brisé en morceaux par l'explosion, et les fragmens dispersés encombraient l'enceinte que le feuillage avait si long -temps ombragée. La seconde mine n'avait pas eu un effet aussi complet. Un quart du tronc s'était détaché de la masse qui, mutilée et défigurée d'un côté, étendait encore de l'autre ses rameaux intacts et vastes.

Parmi ces traces du ravage général, il y en avait qui s'adressaient plus directement à la sensibilité de Waverley. En regardant la façade du château ainsi dégradée , ses yeux cherchèrent naturellement le petit balcon qui appartenait à l'appartement de Rose — son troisième ou plutôt son cinquième étage. Il était facile de le reconnaître, car les fleurs et les plantes dont Rose le décorait avec tant d'orgueil et de plaisir avaient été précipitées de la galerie crénelée. Plusieurs de ses livres étaient épars cà et là parmi les fragmens des vases. Dans le nombre, Waverley en reconnut un qui lui avait appartenu ; c'était un petit exemplaire de l'Arioste, qu'il recueillit comme

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un trésor, quoique bien endommagé par le vent et la pluie. Tandis que plongé dans les pénibles réflexions qu'un tel spectacle excitait en lui, Edouard cherchait des yeux quelqu'un qui pût lui révéler le sort des malheureux propriétaires de ces ruines, une voix bien connue, qui paraissait en sortir, fit entendre tout à coup ces vers d'une vieille ballade d'Ecosse :

Pendant la nuit je vis venir En ces lieux la troupe ennemie , Je vis mon chevalier périr!

Tous ont fui pour sauver leur vie.

Pour le pleurer je reste , hélas !

Il n'est plus ! la lune et l'aurore Tour à tour reviendront encore :

Lui seul il ne reviendra pas!

— Hélas! pensa Edouard, est-ce toi, pauvre infortuné? restes-tu pour pleurer ici et faire retentir des fragmens sans suite de tes ballades ces murs dévastés qui t'abritaient jadis?

Il appela Davie, d'abord tout bas, puis en élevant la voix : — Davie ! — Davie Gellatley !

Le pauvre innocent sortit du milieu des décombres d'une espèce de serre qui terminait naguère ce qu'on appelait la terrasse. Mais à l'aspect d'un étranger il se cacha, saisi de frayeur. Waverley se rappelant les habitudes de cet infortuné, se mit à siffler un air que Davie avait écouté autrefois avec plaisir, et qu'il avait appris à répéter après l'avoir entendu. Sans doute la musique de notre héros ne ressemblait pas plus à celle de Blonde l que Davie ne ressemblait à Richard-Cœurde-Lion, mais elle produisit le même effet, et lui facilita les moyens de se faire reconnaître. Davie sortit de sa cachette, paraissant douter encore s'il avancerait ou non. Waverley, qui craignait de l'effrayer, lui fît mille signes d'amitié pour l'enhardir.

— C'est son esprit! dit Davie à demi-voix; mais il s'approcha et parut enfin retrouver une vieille connaissance. Le pauvre malheureux lui-même n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait été. Le costume particulier dont il était revêtu dans des jours plus heureux n'offrait plus que des lambeaux, accoutrement

bizarre encore, qu'il avait réparé avec des morceaux de ten* tures, de rideaux et de toiles de tableaux. Son visage avait perdu son air insouciant et distrait; la pauvre créature avait les yeux creux, les joues maigres, et semblait à demi-mort de faim et malade de misère et de douleur. Après avoir hésité long-temps, il s'approcha de Waverley avec quelque confiance, et l'examina d'un air effrayé et mélancolique.

— Ils sont partis, dit-il ensuite ; ils sont partis et morts.

— Qui est-ce qui est mort? lui demanda Waverley, oubliant que le pauvre innocent était hors d'état de lui répondre d'une manière précise.

— Le baron... lebailly... Saunders Saunderson... et lady Rose, dont la voix était si douce... partis..., morts... partis..., morts.

Venez , \enez , suivez-moi , Le ver luisant nous éclaire ; Venez dans le cimetière, Venez-y voir, sans effroi .

Les morts dans leur blanc suaire.

Les vents soufflent avec bruit; L'astre pâle de la nuit Brille à travers le nuage; Il faut avoir du courage.

Venez, venez, suivez-moi, Et bannissez tout effroi.

En chantant ces rimes avec une expression bizarre, Davie faisait signe à Waverley de le suivre, se dirigeant à pas rapides vers le côté du ruisseau qui bornait le jardin au levant. Edouard le suivit clans l'espoir de se procurer quelque explication, et frémissant malgré lui du sens des vers qu'il entendait. Le château était désert; il ne pouvait songer à trouver dans les ruines d'autre personne que le pauvre fou pour le guider.

Gellatley parvint bientôt à l'extrémité du jardin : il grimpa sur le vieux mur qui le séparait du bosquet où se trouvait l'antique tour de Tully-Veolan ; il sauta dans le lit du ruisseau, et continua sa marche avec la même rapidité, franchis-

sant des fragmens de rocher, et tournant avec peine autour d'autres; ils passèrent sous les ruines du château. Edouard avait peine à suivre Davie, parce que la nuit commençait à tomber. Après avoir descendu un peu plus loin le lit du ruisseau, il aperçut à travers le taillis une lumière scintillante qui lui parut un guide plus sûr que l'innocent. Ils arrivèrent bientôt par un sentier plus pénible encore à la porte d'une misérable cabane : des chiens avaient d'abord élevé la voix, mais leurs aboiemens avaient diminué par degrés; Waverley entendit une voix en dedans, et crut qu'il était prudent d'écouter.

— Qui m 'amènes-tu là, mauvais fou? dit une vieille femme avec l'accent de la colère. Davie pour toute réponse se mit à siffler l'air qui venait de lui faire reconnaître Edouard, et celui-ci n'hésita plus à frapper à la porte. Un profond silence régna alors dans la cabane, excepté que les chiens recommencèrent à gronder ; il entendit la maîtresse du logis qui s'approchait de la porte, sans doute dans l'intention de mettre les verrous plutôt que pour lever le loquet; il s'empressa de la prévenir, et se trouva en face d'une vieille femme couverte de haillons, qui s'écria :

— Que venez-vous chercher chez les gens à l'heure qu'il est? Retirez-vous. Les deux lévriers farouches et presque mourans de faim s'étaient dépouillés de leur férocité, et ils s'approchèrent de notre héros comme s'ils le reconnaissaient. Il aperçut aussi un homme grand et maigre, avec une barbe de trois semaines, en vieil habit d'uniforme, qui semblait ne se cacher qu'à regret, un pistolet à la main, et prêt à en prendre un second à sa ceinture.

C'était le baron de Bradwardine. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'il s'empressa de laisser tomber son arme et de serrer cordialement Waverley dans ses bras.

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