CHAPITRE LXV
Nouvelles explications.
Dès la pointe du jour la vieille Jeannette se mit à balayer sa pauvre chaumière pour réveiller le baron qui dormait ordinairement d'un sommeil très profond. — Il faut que je retourne à ma grotte, dit-il à Waverley ; voulez-vous venir faire un tour de promenade jusqu'au glen avec moi?
Ils se mirent en marche dans un petit sentier que les pécheurs ou les bûcherons avaient tracé le long des bords du ruisseau. Dans le chemin le baron expliqua à Waverley qu'il pourrait séjourner un jour ou deux à Tully-Veolan sans danger, et même se promener aux environs, pourvu qu'il prît la précaution de dire qu'il était un agent qui venait avec l'intention d'acquérir la baronnie au nom de quelque gentilhomme anglais. 11 lui recommanda d'aller en conséquence rendre visite au bailli qui demeurait encore à la maison du facteur appelée le petit Veolan , quoiqu'il dût la quitter au prochain
terme. Le petit Veolan était situé à un mille du village. Le passeport de Francis Stanley répondrait pour Edouard auprès du commandant militaire ; quant aux paysans qui pourraient le reconnaître, le baron l'assura qu'il n'avait rien à craindre d'eux.
— Je suis bien persuadé , ajouta ce vieillard , qu'ils soupçonnent que je suis dans ces environs, car je me suis aperçu qu'ils ne permettent plus à leurs enfans de venir iei dénicher les oiseaux. Je n'avais jamais pu l'empêcher lorsque je jouissais de lapleire puissance de mon titre de baron !... Souvent je trouve sur mon passage des provisions déposées à dessein ! . . . Que Dieu bénisse et protège ces braves gens ! j'espère qu'ils auront un maître plus sage que moi et tout aussi bon.
Un soupir bien naturel termina cette phrase ; mais la résignation ferme et constante que le baron montrait dans son malheur avait quelque chose de respectable et même de sublime. 11 ne s'abandonnait point à des regrets inutiles, et ne se laissait point abattre par la mélancolie. Jamais de plaintes, jamais d'injures contre le parti dominant ;... il savait souffrir et se taire.
— Je crois avoir fait mon devoir, disait-il , et sans doute ceux qui me poursuivent croient faire le leur ! . . . Mais je souffre quelquefois en jetant les yeux sur les murs noircis et dégradés de l'habitation de mes pères !... J'aime à croire que les officiers ne peuvent pas toujours arrêter les dévastations des soldats. Gustave-Adolphe lui-même permit quelquefois le pillage, comme nous pouvons le lire dans le récit que fait le colonel Munro de son expédition avec le brave régiment écossais appelé le régiment de Mackay. J'ai vu moi-même des scènes de désolation comme celle de Tully-Veolan, lorsque je servais sous le maréchal duc de Bcrwick. Certainement nous pouvons dire avec "Virgilius Maro : Fahnus Troes 1, et c'est la fin d'une ancienne chanson. La durée d'une maison et d'une famille est toujours assez longue lorsque les hommes ont assez combattu pour tomber avec honneur. — J'ai ici une retraite
(i) Les Troyeus ne sont plus. - Ta,
qui pourrait bien être prise pour une domus ullima. * — Ils venaient d'arriver au pied d'un roc escarpé. Le baron leva les yeux : — Nous autres pauvres jacobites, dit-il, nous sommes maintenant comme les lapins dont parle l'Écriture (que le grand voyageur Pocoke appelle desjerboas2 ), uneUaiblerace obligée de se cacher au milieu des rochers... Allons, adieu mon cher Edouard, nous nous re verrons ce soir chez la bonne Jeannette ; je vais entrer dans mon Palmosz , ce qui n'est pas très facile pour mes membres un peu raidis par l'âge.
A ces mots il se mit à gravir le rocher, s'aidant des genoux et des mains pour parvenir à quelques buissons qui cachaient une grotte dont l'entrée ressemblait à l'ouverture d'un four. Le baron lit d'abord passer sa tête et ses épaules, et ensuite successivement le reste de ses longs membres, jusqu'à ce que ses jambes et ses pieds disparussent, — semblable au serpent qui se ploie et se roule sur lui-même pour entrer dans son repaire, ou à un long arbre généalogique introduit avec peine par l'étroit boulin d'une antique armoire. Waverley eut la curiosité de visiter cette tanière, comme on aurait pu l'appeler.
Le baron y ressemblait assez à ce qui cause tant de surprise et d'admiration aux enfans ( et à de grandes personnes, parmi lesquelles je me compte ) ; il ressemblait, dis-je, à un dévidoir dans une bouteille, qu'on ne peut voir sans chercher aussitôt à deviner comment il y a été introduit ou comment il en sera tiré. La grotte était trop étroite et trop basse pour qu'il pût s'y tenir debout ou même s'y asseoir, quoiqu'il parvînt après plusieurs essais grotesques à se mettre dans cette dernière attitude. Son seul amusement était de lire son cher Titus-Livius, et de graver parfois avec son couteau sur le roc quelques sentences latines ou quelque texte de l'Ecriture. Comme la caverne était sèche et remplie de paille et de fougère, le baron trouvait que c'était un gîte très agréable et très commode pour un vieux soldat. — Il est difficile qu'on me découvre,
(i) Dernière demeure , tombeau. — Tft.
(2) J"rboa nu gerboise , animal qui a quelques rapports aver le lapin. — Éd.
f'5) !.('bi'('itf„!i i.'i allusion à la retraite de saint Jean dans l'île de Patraos. — Eu
ajoutait-il en se blotissant avec un air de bien-être qui contrastait singulièrement avec son attitude, — car la bonne Jeannette et son fils sont constamment en faction. Vous ne sauriez croire combien le pauvre innocent montre de présence d'esprit ou pour mieux dire d'instinct lorsqu'il s'agit de ma sûreté.
De retour à la butte, Edouard eut une explication avec Jeannette : il l'avait reconnue tout d'abord pour la vieille femme qui Favait soigné pendant sa maladie, après qu'on l'eût arraché des mains de Gifted-Gilfillan. Il avait remarqué que la chaumière, quoique un peu réparée et pourvue de quelques nouveaux meubles, était l'endroit de sa détention ; il avait vu aussi sur la bruyère communale de Tully-Veolan le tronc d'un vieux arbre appelé le Irysting-lree1 , qu'il ne douta pas être le même sous lequel les Highlanders s'étaient réunis dans cette nuit mémorable. Il avait déjà repassé la veille toutes ces particularités dans sa mémoire ; mais il n'avait pas voulu catéchiser Jeannette devant le baron, pour des raisons que le lecteur probablement devinera.
Sa première question fut de demander quelle était la jeune personne qui lui avait rendu visite pendant sa maladie. Jeannette parut réfléchir pendant quelques secondes; après quoi, trouvant dans sa conscience qu'elle ne pouvait nuire à personne en révélant ce secret, elle dit à Waverley : — La jeune personne qui vous a rendu visite n'a pas son égale sur la terre : c'est miss Rose de Bradwardine.
— Et c'est elle sans doute, dit Edouard enchanté de cette découverte à laquelle il avait déjà rêvé ; — c'est elle, je n'en puis douter, qui me procura la liberté?
— Vous ne vous trompez pas, monsieur Waverley ; mais, bon Dieu! combien elle aurait de chagrin si elle savait que vous en êtes informé ! Elle voulut que je parlasse toujours en langue gaélique, afin de vous laisser croire que vous étiez dans les Highlands : je connais cette langue, parce que ma mère était une femme des Highlands.
Edouard apprit bientôt tout le mystère de sa délivrance.
(i) L'arbre du rendez-vous, i — Éd.
Jamais musique ne fit sur l'oreille d'un amateur une sensation plus agréable que celle que le récit de la vieille femme produisit sur son cœur. Mais le lecteur n'étant pas comme lui amoureux, je crois devoir lui faire grâce de tous les détails que donna la bonne femme avec d'ennuyeuses répétitions dans un récit de plus de deux heures. Je me contenterai de lui en présenter un aperçu général.
Lorsque Waverley fit part à Fergus de la lettre qu'il avait reçue de miss Rose par le message de Davie, et qui lui donnait avis que Tully-Veolan était occupé par un détachement de soldats, le chef actif des Mac Ivor songea bientôt à en tirer parti. Empressé à inquiéter les postes ennemis, ne voulant pas les laisser s'établir si près de lui et désirant faire plaisir au baron, car il avait eu plusieurs fois déjà l'idée de demander la main de sa fille, il résolut d'envoyer quelques hommes de son clan pour chasser les habits -rouges et amener Rose à Glennaquoich. Il venait de charger Mac Combien de cette mission, lorsqu'il apprit que l'armée de sir John Cope marchait vers les Highlands pour attaquer et disperser les forces du chevalier, avant qu'elles devinssent plus nombreuses; il se vit donc obligé de joindre l'étendard de Charles-Edouard avec tout son clan.
Fergus avant de partir envoya à Donald l'ordre de marcher avec lui ; mais ce rusé maraudeur trouva le moyen de différer d'obéir, sous des prétextes plus ou moins plausibles. Son but était d'agir par lui-même : pressé par le temps et les circonstances, Fergus accepta ses excuses comme bonnes, en remettant à une occasion propice le projet de se venger; mais ne pouvant mieux faire, il le chargea de l'expédition de Tully- Veolan, en lui recommandant de respecter le manoir, de s'établir dans le voisinage pour protéger Rose et les autres habitans de la maison, et enfin de molester et repousser tous les détachemens de volontaires ou de troupes régulières qui se montreraient de ce coté.
C'était donner à Donald une mission de partisan qu'il se proposa d'interpréter à son plus grand avantage, n'étant plus
enu en respect par le voisinage de Fergus; et comme il avait acquis quelque crédit dans les conseils du prince par quelques services secrets qu'il avait rendus précédemment, il résolut de profiter, comme on dit, du soleil pour faire ses foins. Il n'eut pas grand'peine à chasser les soldats de Tully-Veolan ; puis il se mit à lever des contributions sur les tenanciers et à faire une petite guerre pour son compte, quoiqu'il n'osât pas troubler les habitans du manoir, dans la crainte de se faire un ennemi puissant dans l'armée du chevalier : car il savait que Le courroux du baron était à redouter.
Cependant il prit la cocarde blanche et rendit quelques services à miss Rose par égard, disait-il, pour la cause sacrée que le baron avait embrassée, et déplorant la nécessité dans laquelle il se trouvait de pourvoir aux besoins de sa troupe.
Ce fut à cette époque qu'avec son exagération accoutumée la renommée apprit à Rose qu'Edouard Waverley avait tué le maréchal-ferrant de Cairnvreckan ; qu'il avait été jeté dans un cachot d'après les ordres du major Melville, et qu'il devait paraître devant une cour martiale dans trois jours. Dans son inquiétude cruelle, Rose proposa à Donald Bean de délivrer le prisonnier. Donald accepta une telle mission avec d'autant plus de plaisir, qu'il espérait faire oublier par ce service les peccadilles qu'on pouvait lui reprocher. Il eut cependant l'adresse, tout en faisant valoir son respect pour ses devoirs, de tant retarder, que Rose, dans son désespoir, offrit d'acheter ses secours par le don de quelques diamans précieux qui avaient appartenu à sa mère.
Donald Bean qui avait servi long-temps en France, connaissait et peut-être même estimait trop haut la valeur réelle de ces colifichets. Mais il comprit aussi que miss Bradwardine craignait qu'on ne parvînt à savoir qu'elle avait donné ses joyaux pour obtenir la liberté de Waverley. — Résolu de ne pas se laisser enlever son butin par ce scrupule, il vint de son propre mouvement offrir de jurer de ne jamais mentionner le nom de Rose dans cette transaction. Il prit cet engagement d'autant plus volontiers qu'il ne voyait aucun avantage à s'en affran-
476 WAVE RLE Y.
chir. Il voulut même, comme il le dit à son lieutenant, donner à la jeune dame le gage qu'il croyait selon lui le plus inviolable de tous, — et ce fut le serment qu'il fit sur la lame de son dirk.
Cet acte de bonne foi lui fut en partie aussi inspiré par quelques attentions que Piose témoignait à sa fille Alice , — attentions qui avaient gagné le cœur de cette jeune Highlandaise et flatté l'orgueil de son père. Alice qui était parvenue à savoir quelques mots d'anglais était très communicative auprès de sa protectrice, et en retour de ses bontés elle lui remit tous les papiers qui révélaient l'intrigue de Donald avec le régiment de G***, et dont elle était dépositaire. Elle consentit avec le même empressement à les restituer à Waverley sans que son père en sut rien ; car, pensa Alice, mon père n'a pas besoin de ces chiffons, et ils obligent le beau gentilhomme et l'aimable miss.
Le lecteur se rappelle de quelle manière elle les mit au pouvoir de notre héros avant son départ du glen.
Cependant l'expulsion du détachement de Tully-Veolan jeta F alarme dans les environs ; et pendant que Donald était sur les traces de Gilfillan, on envoya des forces très considérables pjour repousser les insurgés et maintenir la tranquillité dans le pays. Le commandant était un officier, rigide observateur de la discipline ; non-seulement il ne se permit pas de se présenter chez miss Bradvvardine qui se trouvait sans protecteurs , mais il défendit sous les peines les plus sévères de faire le moindre dégât, il établit son petit camp sur une élévation non loin du château, et plaça des corps-de-garde dans tous les chemins du voisinage. Donald apprit tous ces détails lorsque, après avoir dispersé la troupe de Gilfillan, il se disposait à rentrer à Tully-Veolan. Ne voulant point renoncer au prix de son entreprise, il déposa son prisonnier dans la cabane de la vieille Jeannette , dont plusieurs habitans de Tully- Veolan eux-mêmes connaissaient à peine la situation , et qui n'était pas connue de Waverley lui-même. La maladie du prisonnier dérangea tous les plans de Donald ; mais elle ne l'em-
WAVE RLE Y. 477
pécha pas de recevoir la récompense promise. Lorsqu'il se vit forcé de quitter le pays avec sa bande et de choisir un autre théâtre pour exercer ses talens, les instances de miss Rose le déterminèrent à laisser dans la cabane un vieil herboriste qui se mêlait de médecine , et qui se chargea d'avoir soin du malade.
Le cœur de la pauvre Rose fut bientôt déchiré par mille inquétudes. Elle apprit de la vieille Jeannette qu'on promettait une récompense à celui qui livrerait Waverley : Donald
résisterait-il à la tentation? Dans l'excès de ses craintes ,
elle crut qu'elle n'avait d'autre parti à prendre que d'informer le prince des dangers que courait Waverley, persuadée que la politique et l'honneur lui feraient un devoir de venir à son secours. Elle eut d'abord l'idée de ne pas signer son nom ; mais elle craignit que sa lettre anonyme ne produisît aucun effet : elle y mit donc son nom d'une main tremblante, et la confia au fils d'un fermier, qui fut charmé d'avoir une occasion de parler au prince pour lui demander un grade d'officier.
Lorsque le prince reçut la lettre il était en marche pour les Lowlands. Il comprit de quelle importance il était pour lui d'avoir en son pouvoir un jeune homme qu'il supposait lié avec les jacobites d'Angleterre. Il donna les ordres les plus précis à Donald Bean Lean pour qu'il conduisit Waverley sain et sauf avec son bagage au gouverneur du château de Doune. — Donald n'osa pas désobéir, parce que l'armée du prince était trop proche pour qu'il pût s'en dispenser sans être puni. Il était d'ailleurs aussi bon politique que bon maraudeur, et il n'eût pas voulu perdre le mérite de ses précédens services. Il fit donc, comme on dit, de nécessité vertu, et chargea son lieutenant d'accompagner Edouard jusqu'à Doune. Le lecteur connaît la manière dont le lieutenant s'acquitta de sa mission.
Le gouverneur de Doune avait l'ordre de faire escorter son captif jusqu'à Edimbourg comme prisonnier de guerre , parce que le prince craignait que Waverley, se voyant en li-
berté , ne revînt à son projet de retourner en Angleterre. Il ne prit cependant ce parti que d'après l'avis du chef de Glennaquoich, qu'il consulta sur la manière dont il devait disposer d'Edouard, mais sans lui faire connaître comment il avait appris le lieu de sa retraite.
Le prince se croyait obligé de respecter ainsi le secret d'une dame; quoique la lettre de Rose fût conçue dans des termes très vagues , et qu'elle eût cherché à faire croire qu'elle n'agissait que par humanité et par zèle pour le service de Son Altesse Royale , elle exprimait si vivement la crainte qu'elle avait qu'on ne sût qu'elle s'était mêlée de cette affaire , que le chevalier devina le motif secret de l'intérêt qu'elle prenait à Waverley. Cette conjecture, d'ailleurs bien fondée , lui fit faire plusieurs suppositions dénuées de fondement. Il attribua la vive émotion que fit paraître Edouard au bal d'Holy-Rood en s'approchant de Flora et de Rose , aux sentimens qu'il nourrissait pour la dernière ; et il crut que l'inclination des amans était contrariée par l'entêtement du baron à vouloir maintenir la substitution de ses propriétés, ou par quelque autre obstacle. 11 est vrai qu'il avait entendu dire plusieurs fois que les vœux de Waverley s'adressaient à miss Mac Ivor ; mais il n'ignorait pas combien la renommée est prodigue de ces sortes de bruits, et il crut avoir la certitude que le gentilhomme anglais était l'amant aimé de miss Rose. Désirant attacher Edouard a son service et en même temps lui être agréable , le prince insista auprès du baron pour lui faire transférer son domaine sur la tète de sa fille ; M. Bradwardine y avait consenti enfin, ce qui détermina Fergus à faire la double demande du titre de comte et de la main de miss Bradwardine, demande rejetée , comme nous l'avons vu.
Le chevalier continuellement occupé de ses propres affaires multipliées n'avait pas encore eu d'explication avec Edouard , quoiqu'il eût été souvent sur le point de l'entretenir là-dessus ; depuis , lorsque Fergus fit connaître ses intentions, le prince crut devoir rester neutre entre les deux pré-
tendans , espérant qu'ils attendraient la fin de l'expédition pour terminer leur différent; mais dans la marche sur Derby il comprit, dans un entretien qu'il eut avec Fergus, que ce chef se méprenait sur la conduite d'Edouard ; il crut devoir le détromper, en lui déclarantqu'il avait de fortes raisons pour penser que celui-ci ne songeait point à miss Mac Ivor, et qu'il avait des engagemens avec miss Bradwardine : le lecteur n'a pas oublié , j'espère , la querelle qui s'ensuivit entre Edouard et le chieftain.
Ces circonstances donneront l'explication de quelques événemens de ce récit , que nous n'avons pas détaillés afin d'exciter la curiosité du lecteur, selon la coutume des conteurs d'histoires.
Lorsque la vieille Jeannette eut une fois révélé les principaux faits de ce récit, Waverley fut mis aisément sur la voie pour sortir de l'espèce de dédale d'incertitudes dans lequel il avait été égaré. C'était donc à Rose Bradwardine qu'il devait cette vie dont il lui serait doux désormais de lui faire le sacrifice. Un peu de réflexion lui fit conclure cependant qu'il valait encore mieux vivre pour elle , afin de lui faire un jour partager son indépendance et sa fortune en Angleterre ou dans un pays étranger. Le plaisir de tenir de si près à un homme du mérite du baron et dont sir Everard faisait un si grand cas, était encore une considération en faveur de ce mariage. Les singularités de M. Bradwardine, qui paraissaient si grotesques et si ridicules dans sa prospérité , n'étaient plus que les traits d'un caractère original pour ceux qui le savaient dans l'infortune.
Le cœur rempli de flatteuses espérances pour son bonheur à venir, Edouard partit pour le petit Veolan, résidence de M. Duncan Macwheeble.