Lettre du 3/15 mai 1807, à M<îiie Adèle de Maistre
l6 NOTICE SUR XAVIER DE MAISTRE.
Le 23 décembre 1807, le comte de Maistre envoie à sa fille deux tableautins de son frère : « Tu seras sans doute enchantée de la tête d'après le Guido. Le paysage est aussi joli dans son genre, mais ce n'est pas du tout dans ce petit champ que se déploie le grand talent de ton oncle. Il faut voir ses grands paysages à l'huile. Tu penses bien, ma chère Adèle, que je voudrais fort t'envoyer le portrait de ton vieux papa fait de cette main habile ; mais, jusqu'à présent, il n'y a pas eu moyen. Ce n'est pas qu'il ne dise souvent : « A propos, il faut que je fasse ton portrait. » Mais bientôt une idée vient à la traverse, et les jours passent ainsi. C'est un excellent homme qu'il faut prendre comme il est. Chez lui tout dépend de l'inspiration. Un jour peut-être il m'enverra réveiller pour faire ce portrait. Si tu lui avais écrit une fois : « Allons donc, mon oncle, envoyez-nous cette image, » nul doute qu'il n'eût commencé sur-le-champ. » — Et en effet, le 10/22 janvier 1808, Joseph écrit à la fille : « Dans une lettre qui peut-être ne te sera point parvenue quand tu recevras celle-ci, je te disais que je n'avais pas la moindre espérance de t'envoyer mon portrait qui ne se faisait jamais que demain. Le même jour, j'allai chez Xavier. Tout à coup, il me dit à propos de toute autre chose : « A propos, il faut que je fasse ton portrait, voyons si j'ai des ivoires. Non... Rien ne me contente... Il faut que je te peigne sur cette palette qui est forte : je vais la laver... Fort bien... Allons vite... A propos, j'ai pensé qu'il fallait le faire graver. J'ai déjà parlé au graveur. Tu as beaucoup d'amis, cette gravure est nécessaire. Et voilà, ma chère, comment tu auras dans peu de temps ma chienne de figure. »
Le 8 juillet 1810, Xavier de Maistre est attaché à l'étatmajor impérial ; et, bientôt après, incorporé dans l'armée active, il part pour la Géorgie, prend part aux opérations dirigées contre le Kouban,et assiste au siège d'Akhalzich où
il est grièvement blessé au bras droit. « Trente-deux jours après le coup, écrit Joseph, l'inflammation n'avait pas diminué et les chirurgiens n'étaient pas d'accord. L'un disait que le périoste avait été attaqué; l'autre voulait que ce fût un tendon. Tous deux s'accordaient pour une opération qui me tient fort en souci jusqu'à ce que j'en sache le résultat ^. » Au commencement de l'année 1812, Xavier épousa mademoiselle Sophie Zagriatski.« C'est,dit Joseph,une personne du plus grand mérite et de la plus grande distinction. Sa Majesté impériale a daigné donner à ce mariage une approbation qui ajoute beaucoup à la satisfaction de ma famille. Le grand maréchal de la Cour est venu voir Mlle Zagriatski dans l'appartement qu'elle occupe au Palais, et lui a fait part qu'en témoignage de l'approbation que l'Empereur donnait à ce mariage, il daignait convertir pour elle en pension viagère la somme de 3000 roubles que les demoiselles d'honneur reçoivent annuellement pour leur entretien et qu'on nomme argent de table. Il lui a promis de plus qu'à la première occasion, Sa Majesté Impériale daignerait encore approcher mon frère desa personne en le nommant aide-de-camp ^. » Un an après, 12/24 mars i8i3,écrivant au roi de Sardaigne, Joseph revient sur ce sujet avec des détails qui ne manquent pas d'intérêt : « Mon frère a joué de bonheur dans cette affaire d'une manière singulière. Le mariage, excellent sous tous les autres rapports, était un peu faible sous celui de la fortune. Mais le jour même où il a quitté sa femme pour se rendre au quartier-général de l'Empereur, où il a été appelé le 1 1/23 février dernier, le chambellan Zagriatsky, frère unique de la demoiselle, a jugé à propos de mourir d'un coup d'apoplexie dans sa terre de Tamboff. C'était un fort mauvais sujet, dissipateur de premier ordre ;