I. Lettre du 23 mai
ensoleillés où l'on s'était connu. Une dernière séparation, la plus cruelle, était réservée à Xavier. Il eut la douleur devoir partir avant lui pour la patrie éternelle, celle qui lui avait rendu une patrie, un foyer, dans son exil : M'"*^ de Maistre mourut le 30 septembre 185 i. Xavier « dépareillé » achève de vivre, le cœur et les yeux tournés « vers sa pauvre petite Savoie», vers Rome, cette seconde patrie de tout homme qui a une âme », vers la France, « qui est bien aussi son pays ».
11 songeait même à quitter la Russie, bien vide depuis que sa chère Sophie l'avait laissé seul, mais la mort le prévint. Le
12 juin 1852, il s'éteignit doucement, comme une lampe sans huile : il allait entrer dans sa quatre-vingt-dixième année.
La correspondance inédite de Xavier de Maistre, publiée, il y a quelques années, par M. Réaume ^, et qui s'étend de 1828 à 1852, ne nous apprend pas grand'chose sur cette période de sa vie ; mais elle révèle l'homme et met en lumière la simplicité de sa foi et l'énergie de ses principes. Quelques extraits, pris çà et là, compléteront cette esquisse tracée jusqu'ici par Joseph, et à laquelle Xavier mettra ainsi la dernière main.
« Heureux, écrit-il à M. Huber Saladin, heureux qui, comme nous, est simple spectateur dans les affaires politiques. Je cherche vainement parmi les acteurs de tous les partis celui à la place duquel je voudrais être, à commencer par Charles X, jusqu'à M. de la Fayette, en passant par le juste milieu 2,» Et, en effet « placé en dehors du tourbillon », il s'occupe peu de politique, ce qui ne veut pas dire qu'il soit indifférent.