‹ ŒuvresChapitre 8 sur 93 · Lettre du 23 mai · texte numérisé non relu

Lettre du 23 mai

Il est, au contraire, en toutes choses, du côté du droit, de l'honneur, de la vérité et, chaque fois que les événements contemporains apparaissent dans ses lettres, c'est pour y être jugés d'un mot marqué au coin du bon sens, et qui prend parfois le ton décisif dont Joseph est coutumier. S'agit-il de la liberté conquise en 1830 : « J'aime, dit-il, la liberté toute « faite parce qu'elle vient de Dieu, et je déteste cordialement « la liberté que les hommes veulent faire parce qu'ils n'en ont « ni le droit ni les moyens ; le malheur peut donner le droit, « mais la vertu seule donne les moyens : ces deux conditions « manquent à la révolution i. » Quant au régime politique né de cette émeute et à ses conséquences, il les apprécie avec une clairvoyance presque prophétique : « Si l'on peut prévoir « quelque chose, c'est que le gouvernement représentatif est « impossible sans liberté de la presse, et qu'aucun gouverne- « ment ne peut exister avec cette liberté dans une nation « corrompue ; enfin qu'une catastrophe sanglante est inévi- « table, à la suite de laquelle une main de fer, comme celle « de Napoléon, peut seule rétablir un ordre quelconque mo- « mentané, pour recommencer ensuite de plus belle 2. » N'est-ce pas en effet ce que nous avons vu ? 1848 et les journées sanglantes de juin, d'où sort l'empire autoritaire, qui fait place à l'empire libéral de 1867, destiné à sombrer à son tour sous les coups de la presse, car Sedan n'a fait qu'achever ce pouvoir ébranlé et miné par le parlementarisme. Rien cependant ne faisait pressentir alors la rentrée en scène d'un Napoléon : surtout depuis l'échauffourée aussi ridicule qu'injustifiable que Xavier, dans une lettre du 21 déc. 1830, racontait en ces termes dédaigneux : « Rome est tranquille et le sera « longtemps à moins d'une attaque extérieure. Quelques

Page 1