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Lettre du 8 mars

« mauvais garnements ont bien voulu faire du bruit, mais ils « ne sont pas même parvenus à alarmer nos vieux Cardinaux. « On savait tout et on a fait arrêter quelques polissons à la « tête desquels était le jeune comte de Saint- Leu (phis tard « Napoléon HT), qui a été enlevé et conduit chez son père à « Florence, et le jeune prince de Montfort, âgé de 17 ans. « Voilà les puissantes têtes qui conduisirent la conspiration. « Gagarin a pris le petit Montfort sous son égide, et on l'a « laissé chez ses parents. On n'en parle plus. »

Mais ce que Xavier de Maistre reprochait le plus aux constitutions basées sur les principes de 89, c'était leur neutralité religieuse ou, pour parler plus exactement, leur hostilité contre l'Église, car, pratiquement, ceci a toujours été synonyme de cela. « La tolérance religieuse absolue, « dit-il, n'est autre chose que l'agonie de la religion ; ce « système n'ouvre-t-il pas la barrière à tous les écarts de « l'esprit humain ? » Et ailleurs : « Toute cette baraque « qu'on élève aujourd'hui sans Dieu et contre Dieu s'écrou- « lera sur ses architectes, car il ne peut résulter rien de bon <i de l'irréligion. » Mais quelque sombre que soit l'horizon, ^il « n'attend pas qu'un gland lui tombe sur le nez pour louer « Dieu de toutes choses ; » et voici pourquoi : c'est que « tous « ces grand mots, mouvement des esprits, force des choses, « impulsion générale, sont des sobriquets donnés par les phi- « losophes modernes à la Providence, qui conduit tout à ses « fins par des voies impénétrables. » Cependant la révolution de juillet l'avait atteint au plus intime de son cœur en frappant ou dispersant ses plus chers amis. Cette vue si haute et si sereine dénote un esprit profondément chrétien ; qui s'affirme du reste à toutes les pages de sa correspondance.

« Le rétablissement du Panthéon, écrit-il le 31 août 1830, et sainte Geneviève chassée une seconde fois pour faire place

à un traître me fait frissonner i. » On reconnaît bien là le fils de Christine de Motz qui, apprenant en 1762 l'arrêt du Parlement de Paris contre les Jésuites, interrompit les jeux de Joseph par ces mots : « Ne soyez pas si gai, mon enfant, un grand malheur vient d'arriver. ■» En 1834, au sortir d'une maladie grave, il écrit : « J'ai seulement su, en revenant au monde,

combien j'ai été près de passer dans l'autre Cela m'a fait

faire de sérieuses réflexions. Je me suis toujours moqué de ces gens qui attendent le dernier moment pour remplir leurs devoirs religieux, et j'ai été huit jours en danger, sans y penser ! Il faut croire que la fièvre est du département du diable, et qu'elle détruit les bonnes pensées.C'est une leçon pour l'avenir 2.» — Il a grand soin delà mettre à profit. Quelques années plus tard, parlant de la mort de M, de la Ferronays : « Dieu veuille me donner une pareille fin ! Hélas ! Hélas ! combien je mérite peu ce que votre amitié vous adicté au sujet de ma sainteté. Je tâche de me tenir en règle pour n'être pas surpris, voilà tout. » — « Ma dévotion, ajoute-til avec une humilité charmante, n'est pas ce que vous pensez ; je suis bien loin d'avoir l'énergie de M. de la Ferronays, et les terribles menaces qui ont été proférées contre les tièdes m'effraient souvent ; si je ne suis pas mieux, ce n'est pas les avertissements qui ne manquent 3. » Elles ne sont pourtant pas d'une âme tiède ces paroles de Xavier de Maistre que le comte de Marcellus nous a conservées 4 : <i Partout la prière est le premier cri du cœur de l'homme. Oui, quand je repasse mon Pater au fond de mon

1. On sait que l'église de Ste-Geneviève, enlevée au culte par un décret de 1791, puis rendue à la Patronne de Paris en 1821, lui fut retirée une seconde fois en 1830. Un décret de 1852 la restitua à sa destination primitive jusqu'à la profanation de

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