Épuisés: s'épuîsant à mesure
128. Effort. Le singulier pour le pluriel, à cause de la rime.
187. Ici-bus : dans Ta vie luitnaine. Le poète veut dire que les générations ont beau se succéder, l'existenct; est toujours la même, uniforme et stérile, pour tous les individus.
LES PRELUDES 73
On dirait qu'on entend, au séjour des douleurs, i4o
Rouler à {lois plaintifs le sourd torrent des pleurs.
Pourquoi gémir ainsi, comme un souille d'orage
A travers les rameaux qui pleurent leur feuillage?...
Pourquoi ce vain retour vers la félicité?
Quoi donc ! ce qui n'est plus a-l-il jamais été? i45
Faut-il que le regret, comme une ombre ennemie,
^ icnne s'asseoir sans cesse au festin de la vie,
Et, d'un regard funèbre elTrayant les liumains,
Fasse toujours tomber les coupes de leurs mains ?
Non : de ce triste aspect cjue ta voix me délivre ! i5o
Oublions, oublions : c'est le secret de vivre.
Viens, cliante, et, du passé détournant mes regards,
Précipite mon âme au milieu des hasards !
De quels sons belliqueux mon oreille est frappée!
C'est le cri du clairon, c'est la voix du coursier : i55
i4o. Au séjour des douh'urs. C'est Li cilla dolente du Dante (Enfer, III, i). ■ — he lorrenl des pleurs estrAchornn (âe iyo;, douleur), ou encore le Cocyte (de xw/uti), pousser des cris de douleur).
i44. Il est impossible de ne pas sentir une sorte d'incohérence, de rupture dans la suite des idées, entre lé vers i^3 ef le vers i44. L'hypfifhèse la plus vraisemblable est que, dans la composition primitive des Préludes. la pièce intitulée actuellement Tristesse :
« Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage, etc. »
occupait la place du dcuxicmc thème actuel (v. l'argument). Cette pièce fait allusion à l'amour du poMc pour Grnziella et au bonheur de ce temps qui ne saurait revenir ; elle n est autre chose qu'un « vain retour vers la félicité )), que l'expression d'un regret impuissant. Lamartine, ayant ensuite introduit dans les Préludes l'élés^ie du début inspirée par son amour pour sa femme, en aura éliminé les vei-s relatifs à Gra/.iella. Mais, en remaniant la transition du deuxième au troisième thème, il aura laissé subsister sans v prendre garde des traces de la première version. Du texte primitif il n'"a gardé que les vers 102-1 13 ; il en a repris aussi un peu plus bas une ima?o (v. noie suivante). — Les lecteurs qui trouveraient étrange cette négligence du poète peuvent se reporter à la pièce de l'Homme (ci-dessus. II), où iU trouveront à deux reprises une particularité analogue (vers 3i et 127). 149. Fasse tomber toujours les coupes de leurs mains. Cf. Tristesse:
S'il faut, sur une terre au bonheur destinée,
Laisser échapper de ma main
Cette coupe que le destin Semblait avoir pour moi de roses couronnée...
La corde de sang trempée Retentit comme l'épée Sur l'orbe du bouclier.
La trompette a jeté le signal des alarmes :
« Aux armes ! » et l'éclio répète au loin : « Aux armes ! » 160
Dans la plaine soudain les escadrons épars, -t, c, i
Plus prompts que l'aquilon, fondent de toutes parts,
Et sur les flancs épais des légions mortelles
S'étendent tout à coup comme deux sombres ailes.
Le coursier, retenu par un frein impuissant, i65
Sur ses jarrets plies s'arrête en frémissant;
La foudre dort encore, et sur la foule immense
Plane, avec la terreur, un lugubre silence :
On n'entend que le bruit de cent mille soldats
Marchant comme un seul homme au-devant du trépas, 170
Les roulements des chars, les coursiers qui hennissent.
Les ordres répétés qui dans l'air retentissent,
Ou le bruit des drapeaux soulevés par les vents,
Qui, sur les camps rivaux flottant à plis mouvants,
Tantôt semblent, enflés d'un souffle de victoire, 175
Vouloir voler deux-même au-devant de la gloire,
Et tantôt, retombant le long des pavillons.
De leurs funèbres plis couvrir leurs bataillons.
Ma is sur le front des camps déjà les bronzes grondent :
C(? tonnerres lointains se croisent, se répondent ; 180
Des tubes enflammés la foudre avec effort
*^ort et frappe en sifflant comme un souffle de mort ;
i56. La corde de sang trempée. C'est la troisième corde de la lyre (ou de la harpe) poétique, par opposition à la « corde frémissante » du v. 17 et aux « fibres d'airain » du v. 97.
iSg-iôo. Alarmes, armes. V. II, 2 5-26 (note), et ci-dessous, v. 199-200.
i63. Mortelles: vouées à la mort. Cf. v. 170.
167. La foudre: v. ci-dessous vers 181. (Le mot revient aux vers lùli, ai3, 24i.)