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Pavillons : tentes

LES PRÉLUDES 7a

Le boulet dans les rangs laisse une large trace.

Ainsi qu'un laboui'eur qui passe et qui repasse,

Et, sans se reposer déchirant le vallon, i^b

A côté du sillon creuse un autre sillon :

Ainsi le trait fatal dans les rangs se promène.

Et comme des épis les couche dans la plaine.

Ici tombe un héros moissonné dans sa (leur,

Superbe et l'œil brillant d'orgueil et de valeur. iço-

Sur son casque ondulant, d'où jaillit la lumière.

Flotte d'un noir coursier ondoyante crinière :

Ce casque éblouissant sert de but au trépas ;

Par la foudre frappé d'un coup qu'il ne sent pas,

Comme un faisceau d'acier il tombe sur l'arène ; S9&

Son coursier bondissant, qui sent flotter la rêne,

Lance un regard oblique à son maître expirant.

Revient, penche sa tète et le flaire en pleurant.

Là tombe un vieux guerrier qui, né dans les alarmes,

Eut les camps pour patrie, et pour amour ses armes. ioo

Il ne regrette rien que ses chers étendards,

Et les suit, en mourant, de ses derniers regards

La mort vole au hasard dans l'horrible carrière :

L'un périt tout entier ; l'alatre, sur la poussière.

Comme un tronc dont la hache a coupé les rameaux, ao5^

De ses membres épars voit voler les lambeaux,

Et, se traînant encor sur la terre humectée.

Marque en ruisseaux de sang sa trace ensanglantée.

Le blessé que la mort n"a frappé qu'à demi

Fuit en vain, emporté dans, les bras d'un ami : aïo

Sur le sein l'un de l'autre ils sont frappés ensemble.

Et bénissent du moins le coup qui les rassemble.

Mais de la foudre en vain les livides éclats

Pleuvent sur les deux camps : d'intrépides soldats.

Comme la mer qu'cntr'ouvre une prone écumante ai&

Se referme soudain sur sa trace fumante,

187. Le trait fatal. Expression toute faite, qui s'appliqua assez impart)! loment aux boulets de canon.

3II-3I2. Ensemble, rassemble. V. Il, iSô-iSô (note).

Sur les rangs écrasés formant de nouveaux rangs, Viennent braver la mort sur les corps des mourants!...

Cependant, las d'attendre un trépas sans vengeance,

Les deux camps, animés d'une même vaillance, 220

Se heurtent, et, du choc ouvrant leurs bataillons,

Mêlent en tournoyant leurs sanglants tourbillons.

Sous le poids des coursiers les escadrons s'entr'ouvrent,

D'une voûte d'airain les rangs pressés se couvrent.

Les feux croisent les feux, le fer frappe le fer, 326

Les rangs entre-choqués lancent un seul éclair :

Le salpêtre, au milieu des torrents de fumée.

Brille et court en grondant sur la ligne enflammée,

Et, d'un nuage épais enveloppant leur sort.

Cache encore à nos yeux la victoire ou la mort. 280

Ainsi quand deux torrents, dans deux gorges profondes

De deux monts opposés précipitant leurs ondes.

Dans le lit trop étroit qu'ils vont se disputer

Viennent au même instant tomber et se heurter.

Le flot choque le flot, les vagues courroucées, 235

Rejaillissant au loin par les vagues poussées,

D'une poussière humide obscurcissent les airs.

Du fracas de leur chute ébranlent les déserts,

Et portant leur fureur au lit qui les rassemble.

Tout en s'y combattant leurs flots roulent ensemble. 240

Mais la foudre se tait. Écoutez !.., Des concerts De celle plaine en deuil s'élèvent dans les airs : La harpe, le clairon, la joyeuse cymbale. Mêlant leurs voix d'airain, montent par intervalle,

219. Sans vengeance : qu'on ne peut venger sur son auteur, puisqu on combat de loin et à coups de canon;

22 It. Voûte d'airain. Cf. Dernier chant du pèlerinage d'Haroldf XXXII:

Dans des sillons de feu, sous des voûtes d'acier.

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