Philomèle. Nom mythologique du rossignol
36. Auprès d'un mausolée. Allusion à la poésie née du deuil d'Elvire.
Aux monts d'où le jour semble cclore
Quand je t'emportais avec moi
Pour louer celui que j'adore,
Le premier rayon de l'aurore
Ne se réveillait qu'après toi. 60
Au bruit des flots et des cordages, ' -
Aux feux livides des éclairs,
Tu jetais des accords sauvages,
Et, comme l'oiseau des orages,
Tu rasais l'écume des rhers. 65
Celle dont le regard m'enchaîne
A tes soupirs mêlait sa voix,
Et souvent ses tresses d'ébène
Frissonnaient sous ma molle haleine,
Comme tes cordes sous mes doigts. 70
Peut-être à moi, lyre chérie.
Tu reviendras dans l'avenir,
Quand, de songes divins suivie,
La mort approche, et que la vie
S'éloigne comme un souvenir. 7a
Dans cette seconde jeunesse
Qu'un doux oubli rend aux humains,
Souvent l'homme, dans sa tristesse,
Sur toi se penche et te caresse.
Et tu résonnes sous ses mains. So
Ce vent qui sur nos âmes passe
Souffle à l'aurore, ou souffle tard ;
Il aime à jouer avec grâce
Dans les cheveux qu'un myrte enlace,
Ou dans la barbe du vieillard. 85
71-85. Cf. Commentaire : « Je n'ai jamais compris la poésie qu'à deux époques de la rie humaine : jeune pour chanter, vieux pour prier. Une lyre dans la jeunesse, une harpe dans les jours avancés, voilà pour moi la poésie : chant d'ivresse au matin, hymne de piété le soir ; l'amour partout. » La même théorie est développée avec plus d'abondance dans les dernières pages delà préface de 18^9 des premières Médilalions.
En vain une neige glacée
D'Homère ombrageait le menton ;
Et le rayon de la pensée
Rendait la lumière éclipsée
Aux yeux aveugles de Milton. 90
Autour d'eux voltigeaient encore
L'amour, l'illusion, l'espoir,
Comme l'insecte amant de Flore
Dont les ailes semblent éclore
Aux tardives lueurs du soir. gS
Peut-être ainsi... Mais avant l'âge
Où tu retiens nous visiter,
Flottant de rivage en rivage,
J'aurai péri dans un naufrage,
Loin des ciebx que je vais quitter. 100
Depuis longtemps ma voix plaintive
Sera couverte par les flots,
Et, comme l'algue fugitive,
Sur quelque sable de la rive
La vague aura roulé mes os. io5
Mais toi. Ivre mélodieuse,
Surnageant, sur les flols amers,
Des cygnes la troupe envieuse
Suivra ta trace lianiionicuse
Sur l'abîme roulant des mers. no
87. La légende antique représente toujours Homère sous les traits d'un vieillard aveugle.
90. Milton. Poète anglais (1608-167^), également aveugle. Son principal ouvrage est le poème du Paradis perdu.
98. L'insecte. La luciole. - — Flore. Déesse des fleurs chez les Romains.
100. Que je vais quitter. Il est diflicile de dire à quel événement ou à que» projet ce vers fait allusion.
io8. Envieuse. Cf. XI, 54 et la note sur le v. 64.