‹ Oevres choisiesChapitre 121 sur 288 · LE DERNIER CHANT DU PÈLERINAGE D'HAROLD · texte numérisé non relu

LE DERNIER CHANT DU PÈLERINAGE D'HAROLD

Le Pèlerinage de Childe Harold, poème en quatre chants, est un des plus célèbres ouvrages de Byron. Harold, personnage imaginaire, mais prête-nom du poète, « est un jeune voyageur qui, lassé de bonne heure des voluptés de la vie, quille sa terre natale, l'Angleterre, et parcourt le monde en chantant ce qu'il voit, ce qu'il sent ou ce qu'il pense... Au premier chant, il est en Portugal et en Espagne ; il en décrit les sites, les mœurs, et quelques-unes des grandes et terribles scènes qu'offrait cette terre héroïque, à l'époque de la première invasion des Français.

« Le second chant est une peinture de la Grèce et de l'Asie-Mineure, où lord Byron avait fait un premier voyage en 1808. Il salue tour à tour leurs mers, leurs .montagnes, leurs tombeaux, leurs ruines ; et chaque lieu lui inspire des impressions et des vers dignes de ses immortels souvenirs.

« Le troisième chant commence par une invocation touchante à Adda, fille unique du poète, loin de laquelle les orages de la vie l'emportent encore... Il dit un éternel adieu au rivage d'Angleterre, et, parcourant le champ de bataille de Waterloo, il décrit cette dernière lutte entre l'Europe et l'homme du destin. De là, longeant les bords du Rhin, il traverse rapidement les Alpes, célèbre l'Helvétie et les bords enchantés du lac Léman.

« Le quatrième chant... trouve le poète à Venise. Il décrit les rives mélancoliques de la Brenta, va pleurer Pétrarque sur sa tombe d'Arqua ; déplore le sort de l'Italie, tour à tour envahie par tous les barbares ; jette un regard sur Florence, et, se reposant à Piome, laisse .sa muse s'abandonner à loisir à toutes les inspirations qui s'exhalent de ses monuments et de ses débris... Ici le poète, abandonnant tout à coup son héros, adresse un salut sublime à la mer qu'il aperçoit des hauteurs d'.\lbano, sur la route de Naples ; et, disant adieu au lecteur, lui souhaite un bonheur qu'il n'a pas trouvé lui-même. » (^Avertissement des éditeurs de Lamartine.)

Ce quatrième chant parut en 1818. Quelques années plus tard la guerre ôb l'indépendance grecque éclate : Byron, ardent philhellene.

Pl:.LbKl.NAuE D'ilAliOLU 91.

retourne en Grèce, part comme à la croisade, et va « de son or et d(son bras soutenir la liberté renaissante d'une grande race ». a Enflammé d'une ardeur militaire qui allait jusqu'au délire », il organise la défense de Missolonghi contre les Turcs, ^lais sa santé est atteinte; il meurt le 19 avril 182^, à l'âge de trente-six ans, sans pouvoir assister au triomphe de la cause à laquelle il s'est dévoué.

Dans le Dernier Chant du Pèlerinage d'Harold, suite et pastiche de l'oeuvre anglaise, Lamartine, « voulant conduire le poème de Childe Harold jiisqu'à son véritable terme, la mort du héros, le reprend où lord Byron l'avait laissé, et, sous la fiction transparente dxi nom d'Harold, chante les dernières actions et les dernières pensées de lord Byron lui-même, son passage en Grèce et sa mort».

Donner une suite à Cliilde Harold, c'était, dans la pensée de Lamartine, payer au grand romantique anglais le tribut d'une admiration fervente. Il avait un culte pour lui : « Lord Byron, déclarait-il, est incontestablement à mes yeux la plus grande nature poétique des siècles modernes. » Une chose toutefois effarouchait sa sympathie et gênait son enthousiasme : c'était l'irréligion affectée, le scepticismeimpénitent de Byron. Il lui avait dédié en 1819 sa méditation intitulée r//omme (ci-dessus, II), ovi, se posant en face de ce champion du doute et du désespoir en champion de l'espérance et de la foi, il l'engageait à renoncer à l'impiété. Dans le Dernier Chant du Pèlerinage d'Harold. il ne put se défendre de transformer son héros dans le sens de ses désirs, et de faire mourir Byron, sinon chrétien, du moins très ébranlé dans son incrédulité. De l'aveu de Lamartine lui-même, le Dernier Chant fut écrit « dans une intention religieuse », afin, dit-il, « de montrer la nécessité d'une foi venant d'en haut » (lettre à de Frémin'V'ille, sept. iSaÔ).

Page 1