‹ Oevres choisiesChapitre 128 sur 288 · Aspect, respect. V. II, 1 35- 1 30 (note · texte numérisé non relu

Aspect, respect. V. II, 1 35- 1 30 (note

li. Cf. Byron : « Dans celle ancienne métropole de leur empire (Const.inlinople), les Grecs oublient que les turbans profanent aujourd'liui la tiiiiple de Sainte-Sophie et les autels delà Grèce. » {Har., Il, lxxix).

lô et suiv. Imitation directe de Byron : « Et iiourtant de quels ciiarmos tu es encore parée dans ces jours de deuil, patrie des dieux et de t.int de Léros dignes de l'Olympe! La verdure éternelle de tes vallons, tes montagnes toujours couronnées de neige te proclament encore l'objet de tous les dons

LA GRÈCE i03

Reconnaît en pleurant son antique beauté,

Et la nature au moins, par le temps rajeunie,

Y triomphe de l'homme et de la tyrannie.

C'est toujours le pays du soleil et des dieux ;

Ses luonts dressent encor leurs sommets dans les cieux, ao

Et, noyant les contours de leur cime azurée,

Semblent encor nager dans une onde éthérée.

Ses coteaux, abaissant leurs cintres inclinés,

Par l'arbre de Minerve à demi couronnés,

Expirent par degrés sur la plage sonore sd

Où Syrinx sur les Ilots semble gémir encore ;

Et, présentant aux yeux leurs penchants escarpés,

Du soleil tour à tour selon l'heure frappés,

Au mouvement du jour qui chasse l'ombre obscure.

Paraissent ondoyer en vagues de verdure. 3o

Là, l'histoire et la fable ont semé leurs grands noms

Sur des débris sacrés, sur les mers, sur les monts.

Ce sommet, c'est le Pinde ; et ce fleuve est Alpliée !

Chaque pierre a son nom, chaque écueil son trophée;

Chaque flot a sa voix, chaque site a son dieu ; 35

Une ombre du passé plane sur chaque lieu.

variés de la nature... Ton ciel est toujours aussi beau, et tes rochers toujours aussi sauvages ; tes bocages sont aussi frais, tes plaines aussi verdoyantes. Tes olives mûrissent comme au temps où tu voyais Minerve le sourire... Apollon n'a pas cesse de dorer do ses rayons tes longs étés... Les arts, la liberté passent, mais la nature est toujours belle. » (^llar., II, lixxv et suiv.).

ly. La nature. Cf. XIX, 107, el la note.

ai. Entendez : noyant les contours de leur cime dans l'azur.

23. Onde élhérée. La mer qui baigne le pied des monts fait pendant, pour l'œil du poète, au cit-l qui baigne leur cime ; elle en a la couleur et la limpidité : aussi l'appellc-t-il éthérce. Au vers précédent, noyant était employé à propos du ciel par une transposition inverse.

23. Coteaux, par opposition à monts (v. 20). — Le mot cintre désigne au propre la courbure concave d'une voi'ite ; Laniarline l'emploie ici, par une extension hardie, pour peindre la courbure convexe des coteaux.

2i. L'arbre de Minerve : l'olivier. — A demi : juscpi'à nii-liauteur.

36. Syrinx, nymphe d'Arcadie, qui, poursuivie par le dieu Pan, s'élança pour lui échapper dans les eaux du Ladon, aflliient de l'Alphée ; le dieu, croyant la tenir, ne saisit que des roseaux (cf. Ovide, Métan^., I, v. G89 et suiv.). Lamartine, modifiant la légende, semble croire qu'elle disparut dans la mer.

29. Au mouvement... A mesure que le jour chasse l'ombre devant lui.

33. Le Pinde. V. XVllI, 09. — Alplii-e, le principal lleuve du Péloponnèse (auj. Rouphia) ; il se jette dans la mer Ionienne.

Ces marais sont le Styx, ce gouffre est la Chimère !

Et, touches par les pieds de la muse d'Homère,

Ces bords où sont écrits vingt siècles éclatants,

Retentissant encor des pas lointains du temps, 6^

D'un poème scellé par la gloire et les âges

Semblent, à chaque pas, dérouler d'autres pages.

Le regard, que l'esprit ne peut plus rappeler.

Avec ses souvenirs cherche à les repeupler.

Et, frappé tour à tour de son deuil, de ses charmes, 4^

Brille de leur éclat ou pleure de leurs larmes.

Tel, si, pendant le cours d'un songe dont l'erreur

Lui rappelle des traits consacrés dans son cœur.

Un fils, le sein gonflé d'une tendresse amère.

Dans un brillant lointain voit l'ombre de sa mère, 5o

Dévorant du reç^ard ce fantôme chéri,

Il contemple en pleurant ce sein qui l'a nourri.

Ces bras qui l'ont porté, ces veux dont la lumière

Fut le premier flambeau qui guida sa paupière,

37. Ces marais sont le Slyx, ce goaffre est la Chimère. Imité de Byron : « Sombres, immenses, et s'agrandissant à mesure que la vue les parcourt, les Alpes de la Chimère [monts de Cliimariot] s'étendent au loin, amphithéâtre volcanique au pied duquel une riche vallée forme un riant tableau... Voilà le noir Acitéron [auj. Kalamas], consacré jadis à la tombe. » (Har., II, n : le poète est en Albanie). Mais Lamartine a déformé son modèle : à l'Achéron il substitue le Styx (auj. Mavro-.Ncro, c'est-à-dire Eau-Noire), torrent d'Arcadie, à l'eau glaciale, dont le nom avait été donné par les anciens à lun ues lleuvcs des Enfers ; en parlant de la Chimère, il a en vue le monstre célèbre, qui figurait symboliquement les volcans. — Ilarold ne peut d ailleurs apercevoir de la mer ni le Styx ni les monts de la Chimère.

Ixi. Scellé . marqué du double sceau de la gloire et de l'antiquité.

43. Le regard... l'esprit. Même opposition qu'aux vers 8 et i5. — Entendez que l'esprit suit malgré lui le regard dans sa contemplation et se prête à cetle sorte de résurrection imaginaire d'un passé lointain : ses souvenirs servent à repeupler les lieux devant lesquels passe le voyageur. I.a phrase entière est très confuse, surtout à cause de l'entassement des possessifs (v. les notes suivantes).

44. Ses souvenirs se rapporte grammaticalement au regard, logiquement à lesprit. — Les représente ces bords (v. 3fj).

45. Son deuil, ses churmcs se rapportent grammaticalement au poèino (v. 4i). dont les pages sont tour à tour pleines de douleur et de grâce.

46 Leur éclat, leurs larmes se rapportent à la fois, pour le sens, aux lieux contemplés et aux souvenirs qu'ils évoquent. Entendez : brille d'un éclat et pleure de larmes dont sont cause le spectacle de ces bords et les souvenirs qui s'y joignent.

54. Guida : dirigea, en l'attirant. V. IV, i8 (note). — Paupière: œil, regard. V. XllI, 54 (note).

Ces lèvres dont l'accent, si doux à répélcr, 5i.

Dicta les premiers sons qu'il tenta d'imller,

Ce front qu'à ses baisers dérobe un voile sombre ;

Et, lui tendant les bras, il n'embrasse qu'une ombre.

Ce morceau fait suite au précédent, mais n'a guère de rapport avec lui. C'est une pure digression, mise à cette place et dans la bouche d'Harold par artifice. — Le poète chante la gloire d'Homère et invective contre l'engeance des critiques maUeillanls qui s'acharnent après le génie.

Homère ! A ce grand nom, du Pinde à l'Hellespont, Les airs, les cieux, les flots, la terre, tout repond. Monument d'un autre âge et d'une autre nature, Homme, l'homme n'a plus le mot qui te mesure 1 Son incrédule orgueil s'est lassé d'admirer. Et, dans son impuissance à le rien comparer, Il te confond de loin avec ces fables même, Nuages du passé qui couvrent ton poème.

I. Da Pinde à l'Hellespont : toute la Grèce, depuis le sommet des monts jusqu'à la mer. — Sur le Pinde, v. X\ 111, 69. Son point culminant est à 2 574 mi'tres au-dessus de la mer. — h Jlellespont est le nom ancien du détroit des Dardanelles.

3. Monument : type. Le mot ne s'applique pas d'ordinaire à une personne.

4. Homme, c'est-à-dire quoique tu fusses, toi aussi, un homme. — Par ce mot et par ce qui suit, Lamartine se prononce contre la théorie, mise en vogue par Friedrich-.\ugust Wolf (1759-1820), d'après laquelle Homère n'aurait pas esisté. Cette théorie est aujourd hui ahandonnée ; les érudits admettent généralement qu'Homère fut le nom d'un aède très ancien, à qui SCS descendants vouèrent un culte et qui devint hientôt légendaire. On lui atlrihua, entre autres compositions de génie, \' Iliade et YOdyssée, qui ne sont certainement pas du même temps lune que l'autre, et qui, sous la forme où elles nous sont parvenues, ne sont ni 1 une ni 1 auUc l'^xuvre d'un auteur unique.

-106 ■ PÈLERI.NAGE DIIAROLD

Cependant lu fus homme, on le sent à tes pleurs ! L n dieu n'eût pas si bien fait gémir nos douleurs ! lo

Il faut que 1 ininiorlcl qui touche ainsi notre àme Ail sucé la pitié dans le lait d'une femme. l\Iais dans ces premiers jours, où d'un limon moins vieux l^a nature enfantait des monstres ou des dieux, Le ciel t'avait créé dans sa magnificence i5

Comme un autre Océan, profond, sans rive, immense; Svmpathique miroir qui, dans son sein flottant. Sans altérer l'azur de son flot inconstant, Réfléchit tour à tour les grâces de ses rives, Les bergers poursuivant les nymphes fugitives, ao

L'astre qui dort au ciel, le mât brisé qui fuit. Le vol de la tempête aux ailes de la nuit, Ou les traits serpentants de la foudre qui gronde. Rasant sa verte écume et s'éteignant dans l'onde !

Cependant l'univers, de tes traces rempli, a5

T'accueillit, comme un dieu... par l'insulte et l'oubli !

On dit que, sur ces bords où règne ta mémoire.

Une Ivre à la main tu mendiais ta gloire !...

Ta gloire ! Ah ! qu'ai-je dit? Ce céleste flambeau

Ne fut aussi pour toi que l'astre du tombeau ! 3o

Trs rivaux, triomphant des malheurs de ta vie,

Plaçant entre elle et toi les ombres de l'envie,

lo. Un diea. Homère n'est pas plus un être surhumain, un « dieu », qu'un personnage imaginaire.

17. Svmpalhique : s'aclaplant aus difTércnts objets dont il reçoit l'image, comme s'il avait avec chacun d'eux une égale afEnitc.

22. Aux ailes : porté par les ailes. Sorte de complément instrumental. — Sur l'image, cf. VIII, 3i (note).

27. On dit. Allusion aus légendes qui couraient dans l'antiquité sur la misère du vieil aède, réduit à mendier son pain par le monde, souvent mal reçu ou maltraité. L'Aveugle, d'André Chénier, est le récit d'un épisode, (1 ailleurs imaginaire, de cette existence errante.

3o. Manière un peu confuse de dire que la gloire d'Homère, méconnu de son vivant, ne commença, comme pour tant d'autres, qu'après sa mort.

il. Tes rivaux. Ils avaient, disent les biographies antiques, poussé la jaloiLsie jusqu'à lui dérober certaines de ses œuvres.

3a. Elle : la gloire .

Disputèrent encore à ton dernier regard

L'éclat de ce soleil qui se lève si tard.

La pierre du cercueil ne sut pas t'en défendre ; 35

Et, de ces vils serpents qui rongèrent ta cendre,

Sont nés, pour dévorer les restes d'un grand nom,

Pour souiller la vertu d'un clerncl poison.

Ces insectes impurs, ces ténébreux reptiles.

Héritiers de la honte et du nom des Zoïles, 4o

Qui, pareils à ces vers par la tombe nourris,

S'aciiarncnt sur la gloire et vivent de mépris!

C'est la loi du destin, c'est le sort de tout âge :

Tant qu'il brille ici-bas, tout astre a son nuage.

Le bruit d'un nom fameux, de trop près entendu, 45

Ressemble aux sons heurtés de l'airain suspendu.

Qui, répandant sa voix dans les airs qu'il éveille,

Ébranle tout le temple et tourmente l'oreille,

Mais qui, vibrant de loin, et d'échos en échos

Roulant ses sons éteints dans les bois, sur les flots, 5o

Comme un céleste accent, dans la vague soupire,

Dans l'oreille attentive avec mollesse expire.

Attendrit la pensée, élève l'àme aux cieux.

De ses accords sacrés charme l'homme pieux,

Et, tandis que le son lentement s'évapore, 55

Au bruit qu'il n'entend plus le fait rêver encore.

33. Ton dernier regard. Métaphorique : Homère, d'après la tradition, était aveugle. Cf. XVII. 87.

3'). Ces vils serpents : les critiques qui, dès Tantiquité, s'attaquèrent aux œuvres d Homère.

4o. Zoîle, sophiste et grammairien du iv= siècle ap. J.-C, célèbre pour sa manière étroite et acerbe de commenter les poèmes homériques. Son nom est devenu proverbial pour désigner un critique envieux et partial.

40. L'airain suspendu : la cloche. Cf. l'airain pieux (X.XIII, 186) ; l'airain Bonore (XXIX., i8g).

5i-52. Soupire, expire. \. II, i35-i36 (note).

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