LE CHÊNE
Ses bras que le temps multiplie, 70
Comme un lutteur qui se replie
Pour mieux s'élancer en avant,
Jetant leurs coudes en arrière,
Se recourbent dans la carrière
Pour mieux porter le poids du vent. 7&
Et son vaste et pesant feuillage,
Répandant la nuit alentour,
S étend, comme un large nua^e.
Entre la montagne et le jour;
Comme de nocturnes fantômes, 80
Les vents résonnent dans ses dômes ;
Les oiseaux y viennent dormir,
Et pour saluer la lumière
S'élèvent comme une poussière,
Si sa feuille vient à frémir. 8&
La nef, dont le regard implore
Sur les mers un phare certain.
Le voit, tout noyé dans l'aurore,
Pyramider dans le lointain.
Le soir fait pencher sa grande ombre 90
Des flancs de la colline sombre
78. Cf. dans la Chute d'un Ange, cette peinture, plus animée encore, de» cèdres du Liban :
Leurs gigantesques bras sont des membres vivants Quils savent replier sous la neige ou les vents.