‹ Oevres choisiesChapitre 18 sur 288 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

campagnes de l'Isère, tant de fois parcourues en compagnie de Virieu :

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne. Au coucher du soleil, tristement je m'assieds; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes {jieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumanles ; Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ; Là le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

(L'Isolement.)

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée : Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais. Qui, courbant sur mon front leur omljre entremêlée. Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Là, deux ruisseaux cachés sou» des ponts de verdure Tracent en serpentant les contours du vallon ; lis mêlent un moment leur onde et leur murmure. Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

(Le Vallon.)

Tout cela est peint à larges traits, souvent idéalisé. Le poète n'a nulle prétention à l'exactitude et déforme sans scrupule la réalité géographique. L'analyse n'a rien de subtil. >'ous sommes loin, malgré quelques ressemblances superficielles, des paysages de Rousseau, qui, lui, en vrai myope, sent, respire, flaire, écoute la campagne d'aussi près qu'il la regarde et fait passer dans son style l'impression physique ae l'air sur la peau, le frémissement des branches, l'odeur des herbes et le rythme des eaux. Lamartine, au moins le Lamartine de la première manière, le poète des Méditations et des Harmonies, semble plongé dans une sorte de rêverie qui ne laisse pénétrer jusqu'à ses sens que les grandes lignes et les caractères dominants du spectacle qu'il a sous les yeux: il décrit comme on se souvient. L'énumération, qui sera plus tard le procédé principal, parfois fatigant, de sa prose descriptive, plus sobrement employée dans les Méditations, donne souvent à ses vers une allure d'évocation ou d'adjuration * à la fois très ample et très intime :

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