Cf. la lettre à Virieu du 20 octobre
4. a Je n'y tiens que par le souvenir des fortes impressions qu'elle a faites autrefois sur mon esprit, car mon fantôme habituel, c'est une espèce de je ne sais quoi de désordonné et malfaisant qui, sans justice, sans ordre et sans but, s appelle la nature et règne comme une divinité aveugle sur le monde physique et surtout sur le monde moral. » (Lettre à Virieu du 8 août 1818). « Heureux l'tiomine qui croit! heureux celui qui espère!... Je donnerais mon reste de jours pour un grain de foi... » (Au même, 11 août i8ib).
liNTIlODLGTlON XXVII-
universel, véritable escobarderie, ni surtout dans la force concluante d'aucun raisonnement; je ne la trouve que dans le sens inlime que je crois donné à la créature par le Créateur, et qui pour cela me semble ne devoir pas la tromper » Et encore : « Lorsque je sens ma propre intelligence et que je considère avec une douloureuse admiration d-es intelligences si supérieures encore, je ne puis m'empêcher de convenir que, si le créé est ainsi, l'incréé ou le créateur doit à plus forte raison avoir ces idées de justice et de bonté, ces perfections enlin-dont l'existence doitcortiplèlément tranquilliser l'homme'. » Cela ne dépasse guère le cours de philosophie spiritualiste professé parle vertueux Freind au bon Parouba sur le navire de Jenni. Mais faut-il s'étonner de voir Lamartine, nourri du xvni^' siècle, passer à son tour par le déisme rationaliste d& ^oltaire ? Ce qu'il y mêle de poésie, de chaleur, d'enthousiasme ne tardera guère, du reste," à le rendre méconnaissable. L'Essai sur llndiffercnce en matière de religion, lu au plus fort de sa crise de scepticisme, el (ju'il admire d'aboiil^ semble-t-il, pour ses mérites littéraires, fortifie, ranime vraiment en lui celle foi renaissante, plus philosophique que religieuse. La philosophie allemande, dont Virieu, alors à Munich, lui donne un aperçu par ses lettres, prêle un nom à ses vagues aspirarations : « Tu as trouvé en efîet le vrai mot, Vinfini. Je l'avais dit souvent sans m'y fixer ; je l'avais dans l'esprit, et tu l'as produit 2. » Au Dieu paternel du catholicisme, toujou^rs penché sur rhomme^j)our l'écouj^r^JejvujTULOjjJ^xa^ice^ a succédé l'idée d'une lointaine et inflexible^ Providence, envers qui l'homme n^â~gîileî'g d'aïïtrë~devoir que la résignation^. En lin,, ce que cette philosophie composite a encore d'abstrait va s'animer et se poétiser à mesure que Lamartine se familiarisera avec la pensée platonicienne : entre les Méditations et les Harmonies, la Mort de Socrate marque l'étape et le- progrès. Dansles Méditations même, Lamartine ne doit^au platonisme que quelques nuances du sentiuient el de l'expression ; c'est une clarté nouvelle qui ne fait encore que poindre en lui. Tel é^st, au moins vers 'I8"i0, le spiritualisme de Lamartine,.
1. LeUre du 8 août i8iS (partie citée par le P. Du Lac, Jésuites^ p. 38/i.)