Lettre du Ji octobre i8i
3. « Je crois que tout est soumis dans l'univers physique et moral à une tonte-puissante Providence que je nomme quelquefois fatalité • elle nous perd et elle nous sauve par des moyens que nous ne prévoyons jamais, parce qu'ils sont au-dessus de notre prévoyance. » (Lettre à Mlle de Canonge, di» i mars 1819).
XXVllI LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
bien éloigné de la religiosité docile de son enfance, a,ssez distant rie la foi orthodoxe. La foi véritable soumet la raison au miracle des révélations surnaturelles ; pour Lâmaftrîïë,"~C*cst l;i raison qui crée la croyance. C'est en ce sens qîni peut qualifier la Prière d' « hymne de l'adoration rationnelle » :
Et celui qui, du sein de sa gloire infinie.
Des sphères qu'il ordonne écoute l'harmonie,
Ecoute aussi la voix de mon humble raison.
Qui contemple sa gloire et murmure son nom
La mort m'entoure en vain de ses voiles funèbres, Ma raison voit le jour à travers ces ténèbres.
L'épître à Byron sur l'Homme dit la même chose, plus nettement encore. Le poète a vu le mal et la douleur répandus dans l'univers, il a douté et hlasphénié :
Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune,
J avais lassé le ciel d'une plainte importune.
Une clarté d'en haut dans mon soin descendit,
Me tenta de bénir ce que j'avais maudit;
Et, cédant sans combattre au souille qui m'inspire,
L'hymne de la raison s'élança de ma lyre.
Est-ce faire tort à Lamartine que de montrer en lui autre chose qu'un poète tout de sentiment et d'effusion, de signaler ce qu'il gaidait de bon sens jusque dans les heures troublées des passions, de iparquer la part de la raison virile dans son enthousiasme religieux ? C'était un hommê~rïïbuste et un esprit vigoureux ; il avait, à trente ans, passé l'âge des soupirs. Si les Méditations sont un adieu à sa trop longue adolescence, il n'est pas malaisé d'y saisir aussi tous les éléments d'une vil- morale louchant à la maturité.
« La poésie n'a été pour moi que ce qu'est la prière, le plus beau et le plus intense des actes de la pensée, mais le plus court, et celui qui dérobe le moins de temps au travail du jour. ■>) De ces lignes, écrites par Lamartine en 4838, dans la lettre-préface des Recueillements, on peut rapprocher un passage de la préface de 1849 des Méditations : « La poésie ne m'a jamais possédé tout entier. Je ne lui ai donné dans mon âme et dans ma vie seulement que la place que l'homme donne au chant dans sa journée : des moments le matin, des moments ie soir, avant cl a|)rès ie travail sérieux et quotidien. » Sans doute, à cette date, Lamartine mettait quelque coquetterie à diminuer, darLS l'imat^c (ju'il présentait de lui aux lecteurs, la X'^rt des
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ju'éuccupcations poétiques pour faire plus large celle de la politique ; ces quelques lignes expriment pourtant avec force et vérité sa conception des rapports de la poésie etdela vie réelle. Jamais poète ne fut moins <c homme de lettres )i, ne se prêta plus généreusement aux affections, aux travaux, aux devoirs do l'existence ordinaire. Le monde poétique ne se séparait pas à SOS yeux du monde réel ; au lendemain même du succès des Méditations, la pensée ne lui vint pas de se consacrer tout entier et exclusivement à l'art. On peut le regretter, car il n'a rien laissé de parfaitement achevé ; mais à cela tient peut-être en partie la supériorité de son génie si profondément humain, si éloigné de tout pédantisme. Le poète qui écrivait et qui pensait : « Le premier devoir, c'est de vivre et de faire vivre le plus heureux possible ce qui nous entoure ' «niérite (|u"on ne lui applique pas à la rigueur les règles de la critique littéraire, et qu'en regard de ses défaillances d'artiste on place, pour l'estimer à peu près sans réserve, la noble simplicité de son caractère.
Désigné depuis le 2 mars pour un poste dal taché d'ambassade à iVaples, Lauiai-line reçut le 1i sa nomination officielle. 11 épousa dans les premiers jours de juin miss .Maria-Ânna- Eliza Birch, jeune Anglaise dont il avait fait la connaissance en Savoie, l'été précédent. Des obstacles de fortune, de religion (elle était protestante et se convertit au catholicisme peu de temps avant èon mariage), le refus de Mme Birch, avaient retardé leur union. La jeune femme apportait à son mari un caractère sérieu:s, une ferme intelligence, un dévouement à toute épreuve, qui ne se démentit ni dans les deuils ni dans la pauvreté. . .
Lamartine ne passa alors qu'une année en [talie (juin 1820juin -1821). 11 retrouvait, heureux et célèbre, ces régions qu'il avait parcourues dix ans plus tôt dans toutes les inquiétudes de la première jeunesse. Une poésie nouvelle, née de la plénitude de l'âme, s'épanouissait en lui, non sans hésitation et sans arrêts. Sa correspondance est remplie de ces alternatives : « DesA^ers? Je n'en fais plus, je n'en peux plus faire.... Je sens l'évaporation insensible de l'esprit poétique, je Le pleure, je l'invoque, je viens môme de lui faire mes adieux.... » Et un mois après, illuminé par « un rayon d'en haut », il conçoit l'idée du vaste poème sur la destinée de l'homme dont Jocelyn, la Chute cVnn Ange, les fragments ébauchés des Chevaliers, des Pêcheurs et de l'Ouvrier ne seront que des épisodes.