LA PABOISSE DE JOCELYN
Aprps deux ans passés dans une maison de retraite ecclésiastique, Jocelvn devient curé de la petite paroisse de Valneige. Il la décrit ainsi dans une lettre à sa sœur, du mois de mai 1798 :
Sur un des verts plateaux des Alpes de Sayoie,
Oasis dont la roche a fermé toute voie,
Où l'homme n'aperçoit, sous ses yeux effrayés,
Qu'abîme sur sa tête et qu'abîme à ses pieds,
La nature étendit quelques étroites pentes 5
Où le granit retient la terre entre ses fentes
Et ne permet qu'à peine à l'arbre d'y germer,
A l'homme de gratter la terre et d'y semer.
D'immenses châtaigniers aux branches étendues
Y cramponnent leurs pieds dans les roches fendues, 10
Et pendent en dehors sur des gouffres obscurs.
Comme la giroflée aux parois des vieux murs;
On voit, à mille pieds au-dessous de leurs branches,
La grande plaine bleue avec ses routes blanches,
Les moissons jaune d'or, les bois comme un point noir, i5
Et les lacs renvoyant le ciel comme un miroir;
La toise de pelouse, à leur ombre abritée.
Par la dent des chevreaux et des ânes broutée.
Epaissit sous leurs troncs ses duvets fins et courts,
Dont mille fdets d'onde humectent le velours, ao
1. De Savoie. Dans Geneviève, le nom tle Valneige est donné à un village des monts du DaupLiné. aux environs de Voiron.