LA TRIBU NOMADE
Une femme disait à l'âme de son père : 75
« 0 père ! l'eau des yeux coule-t-ello sous terre?
Est-elle donc là-bas amère autant qu'ici ?
Combien j'en ai versé si loin ! Mais me voici.
Que de rameaux des bois sont tombés dans les ondes l
Que d'esprits sont allés visiter d'autres mondes 1 80
Ce qui s'est fait depuis >que tu n'es remonté,
Ceux qui sont descendus te l'ont-ils raconté?
Les flèches des géants ont sifflé sur nos télés ;
Nous avons habité sur le mont des tempêtes ;
Selma dans ces combats a perdu son époux. 85
Un homme sans parole est venu parmi nous,
Les chasseurs sous sa main se renversent et meurent ;
Les filles de Phayr le regardent et pleurent.
De leurs dons les plus chers nos dieux nous ont bénis.
Nous revenons des bois les mains pleines de nids. 90
Léa, ton doux regard et ta pctite-fdle,
Les chasseurs l'ont ravie enfant à sa famille.
Longtemps au fond des bols on l'entendit crier ;
Ses cheveux n'ont servi, père, qu'à la lier !.
Et moi j'ai mis au monde un fils et sa juniejle : §5
Leurs blanches dents déjà me mordent la mamelle.
Dans les yeux de l'enfant aussi noirs que la nuit,
Mon souvenir croit voir ton amour qui me suit !
Regarde, il est couché près de moi sur la feuille,
Arrachant de ses doigts ton herbe qu'il clTeuille ; i»e
Il essuie étonné ma joue avec sa main ;
Nomme-le par son nom, pour qu'il vienne demain. »
Non loin de là> pressant un tertre de pelouse,
A l'ombre de sa fille ainsi parlait l'épouse :
« Adda, fleur de mon sein, larme du cœur, c'est moîl i»5
Les hommes de dessous lurent jaloux de loi,