INTRODUCTION XXXV
d'amour), et certains morceaux où, comme dans la lutte de Jacob avec l'ange (L'Esprit de Dieu'), il semble bien que la difflculté ait été cherchée pour le plaisir de la vaincre, tout cela témoigne que nous avons affaire à un poète qui prend, à manier son instrument, un plaisir de l'esprit et des doigts ; et ce n'est qu'au passé que peuvent s'appliquer les aveux, les regrets peut-être du Poète mourant :
Je chantais, mes amis, comme l'homme respire. Comme l'oiseau gémit, comme le vent soupire, Comme l'eau murmure en coulant.
On pourraitdire,sansquecette formule fût trop artificielle, que, si la Mort de Socrate marque une date dans l'histoire de la pensée de Lamartine, les Nouvelles Méditations attestent un progrès correspondant dans rhabile,té de la facture poétique.
Le Dernier Chant du pèlerinage d'Harold (1823) est une œuvre hybride, assez mal venue, où des beautés de premier ordre font à peine supporter les longueurs, les banalités, les épisodes froids et inutiles. Byron avait exercé sur Lamartine un attrait extrêmement vif. Les récits contradictoires de leur prétendue rencontre en Suisse sont plus que suspects: il semble bien que Lamartine n'ait connu d'abord Dyron que par quelques fragments de ses œuvres parus dans une revue suisse (4817-1818)*. Mais, autant que ses œuvres, le mystérieux drame de sa vie, sa réputation à demi légendaire de poète désolé, révolté, satanique, enflammaient les jeunes imaginations. Son départ pour la Grèce, sa mort devant Mis^olonghi firent enfin de lui autre chose qu'un personnage de roman et justifièrent l'admiration et l'enthousiasme. C'est cette mort héro'ique qu'a x'oulu raconter Lamartine.
De la philosophie de Byron, amère, orgueilleuse, froidement raisonnée, si puissante d'ironie, Lamartine n'a pas retenu grand'chose. Au plus fort de sa crise religieuse, l'incrédulité byronienne, en lui renvoyant pour ainsi dire l'image agrandie, «fTrayante, des doutes qui s'élevaient faiblement dans son propre cœur, l'aida peut-être à en triompher: on sent dans l'accent ardent et convaincu de l'Homme (18-19) beaucoup moins iejdésir chimérique de convertir Byron que la volonté d'afîermir en sôT-même^la fol ^Tsës consolations. TTâns le Pèlerinage, Lamartine, qui pourtant s'est donne la mission de continuer Byron et de parler en son nom, ne cherche en aucune façon