XWVI LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
à entrer dans ses idées ; il le convertit tout comme il a converti Socrate, et sans plus de scrupule:
« J"ai toujours dans mon sein roulé cette pensée; J'ai toujours cherché Dieu ! mais mon àme lassée N'a jamais pu donner de forme à ses désirs. Et ne l'a proclamé que par ses seuls soupirs. Dans les dieux d'ici-bas ne voyant qu'un emblème. J'ai voulu, vain orgueil ! m'en créer un moi-même. Ah ! j'aurais dû peut-être, humblement prosterné. Le recevoir d'en haut, tel qu'il nous fut donné, Et, courbant sous sa foi ma raison qui l'ignore, L'adorer dans la langue où. l'univers l'adore ! ... »
Ce Byron à demi chrétien ne laisse pas de paraître étrange. Aussi bien nest-ce pas dans l'ordre des idées qu'il faut chercher une parenté entre les deux poètes, mais bien dans l'ordre pittoresque : ce iils de la brumeuse Angleterre, cousin dOssian, ouvrit à Lamartine les lumineux horizons de la Grèce et de l'Orient; il les contempla dans ses vers longtemps avant de réaliser son désir de les voir de ses propres yeux. C'est chez Byron que Lamartine a ti^ouvé l'exemple et le modèle de ces larges descriptions évocatrices, qui promènent le regard et la pensée sur la face de la terre et des eaux. Sur ce point, il se montre disciple fidèle :
Mais déjà le navire, aux lueurs de l'aurore.
Du sein brillant des mers voit une terre éclore ;
Terre dont l'Océan, avec un triste orgueil.
Semble encor murmurer le nom sur chaque écueil,
Et dont le souvenir, planant sur ses rivages,
Se répa.nd sur les flots comme un parfum des âges. '■
C'est la Grèce !
C'est toujours le pays du soleil et des dieux ;
Ses monts dressent encor leurs sommets dans les cieux
Et, noyant les contours de leur cime azurée.
Semblent encor nager dans une onde «thérée.
Ses coteaux, abaissant leurs cintres inclinés.
Par l'arbre de Minerve à demi couronnés.
Expirent par degrés sur la plage sonore
Où Syrinx sur les Dots semble gémir encore ;
Et, présentant aux yeux leurs penchants escarpés,
Du soleil tour à tour selon 1 heure frappés.
Au mouvement du jour qui chasse l'ombre obscure,
Paraissent ondoyer en vagues de verdure.
La part de l'imitation, de l'exercice est considérable encore ; mais le jour est proche où Lamartine, dégagé enfin des influences byroniennes comme des influences platonicienne*, aura conqiii'* malgré elles — et grâce à elles — sa pleine et vigoureuse originalité.