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L'EXPIATION

Nul n'osait de sa voix faire entendre le son ; 5

Leurs cœurs ne se parlaient que par leur seul frisson :

En proférant le mot qu'il eût fallu répondre,

Ils craignaient de sentir tout leur courage fondre ;

Chacun d'eux dévorait ce que l'autre pensait.

Des enfants sur leurs bras le cri s'alfaiblissait, lo

Leur cœur les réchauffait entre leurs deux poitrines ;

A peine entendait-on le vent de leurs narines ;

Comme la poule encor couve mort son poussin,

La mère réchauffait ces deux corps dans son sein.

Oh ! durant celte longue et suprême insomnie, i5

Combien le sable but de gouttes d'agonie !

La brise du matin les rafraîchit un peu.

Le soleil nu monta comme un charbon de feu ;

L'aube, qui se jouait. splendide sur leur tèle,

Teignit le firmament de sa couleur de fêle. ao

Celte gaieté semblait une insulte des cieux.

Pour y chercher secours, ils levèrent leurs yeux:

Une cigogne, seule, à l'aile diaprée.

Sans doute, hélas ! aussi de sa route égarée,

Comme une longue flèche à la fin de son vol, aS

Fendait l'air résonnant à quclcfues pieds du sol.

Dans ses deux pattes d'or emportant avec elle

Un de ses chers petits à 1,'ombre sous son aile.

L'oiseau, comme étonné de l'aspect des humains;

S'approcha d'eux ; Cédar éleva les deux mains 3©

CoiUiiie pour arrêter cet ami dans sa course,

El conjurer l'oiseau de lui montrer la source.

Le forl vent de son vol effleura ses cheveux ;

Mais l'oiseau s'éloigna sans entendre ses vœux.

Ils suivirent longtemps de colline en colline 35

Son vol bas, juscpi'au bord où l'horizon décline,

El marchèrent plus seuls quand l'oiseau disparut.

Le malin de ce jour, un des jumeaux mourut;

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