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LA MARSEILLAISE DE LA PAIX

Vivent les nobles fils de la grave Allomapne ! 70

Le sang-froid de leurs fronts couvre un fover ardent ; Chevaliers tombés rois des mains de Charlemagne, Leurs chefs sont les Nestors des conseils' d'Occident. Leur langue a les grands plis du manteau d'une reine, La pensée y descend dans un vague profond; 7r^<,,>— 75

Leur cœur sûr est semblabje au puits de la sirène, Où tout ce que l'on jelte, amour, bienfait ou haine, Ne remonte jamais du fond.

Roule libre et fidèle entre tes nobles arches,'

O fleuve féodal, calme mais indompté ! 80

Verdis le sceptre aimé de tes rois patriarches:

Le joug que l'on choisit est encor liberté.

Et vivent ces essaims de la ruche de France, Avant-garde de Dieu, qui devancent ses pas ! Comme des voyageurs qui vivent d'espérance, 85

Ils vont semant la terre, et ne moissonnent pas... Le sol qu'ils ont touché germe fécond et libre ; Ils sauvent sans salaire, ils blessent sans remord : Fiers enfants, de leur cœur l'impatiente fibre Est la corde de l'arc où toujours leur main vibre no

Pour lancer l'idée ou la mort 1

Roule libre, et bénis ces deux sangs dans ta course ;

Souviens-toi pour eux tous de la main d'où tu sors :

L'aigle et le fier taureau boivent l'onde à ta source;

Que l'homme approche l'homme, et qu'il boive aux deux bords! gS

Amis, voyez là-bas ! — La terre est grande et plane! ' ' ' ' L'Orient délaissé s'y déroule au soleil ;

78. Les Nestors. Nestor, roi «le Pylos et l'un des chefs qui commanriaîea es Grecs au siège de Troie, élait renominé pour sa sagesse et son autorité (ans les conseils.

81. Patriarches : paternels pour leurs peuples. ■• 88. Bemord. pour remords. Cf. XXX.VI, 199 ; XLIV, 261.

gC. A partir d'ici, Lamartine préconise une solution pacifique et an peu simpliste de la question d'Urient : que les nations civilisées de l'Occident,

L'espace y lasse en vain la lente caravane, La solitude y dort son immense sommeil ! Là, des peuples taris ont laissé leurs lits vides ; loo

-Là, d'empires poudreux les sillons sont couverts : Là, comme un stylet d'or, l'ombre des Pyramides Mesure l'heure morte à des sables livides Sur le cadran nu des déserts !

Roule libre à ces mers où va mourir l'Euplirate, io5

Des artères du globe enlace le réseau ; ^«^ Rends l'herbe et la toison à cette glèbe ingrate : Que l'homme soit un peuple, et les fleuves une eau !

Débordement armé des nations trop pleines, ^ i^.

Au souffle de l'aurore envolés les premiers, ■^/yii'

Jetons les blancs essaiins des familles humaines Autour des nœuds du cèdre et du tronc des palmiers i Allons, comme Joseph, comme ses onze frères, Vers les limons du Nil que labourait Apis, Trouvant de leurs sillons les moissons trop légères, ii5

S'en allèrent jadis aux terres étrangères Et revinrent courbés d'épis !

Roule libre, et descends des Alpes étoilées .

L'arbre pyramidal pour nous tailler nos mâts,

Et le chanvre et le lin de tes grasses vallées ; 130

Tes sapins sont les ponts qui joignent les climats.

an lien de se battre entre elles, s'unissent et s'entendent pour l'occupation et la colonisation du monde oriental. Vue de poète plus que d'homme d Etat. Lamartine l'avait d'ailleurs développée plus dune fois à la tribune; v. en particulier son discours du 8 janvier i834 à la Chambre des députés (^La France parlementaire, t. I, p. 8).

loi. Poudreux : réduits en poudre, en poussière.

102. Comme un stylet d'or. Entendez que les Pj'ramides se dressent vers le ciel comme un stylet d'or.

io5. A : vers. V. XII, /J (note). — Ces mers où va mourir l'Eapkrate : ces mêmes mers où va se jeter, comme toi, le grand fleuve oriental.

106. Enlace le réseau. Entendez : forme avec tous les autres fleuves du globe un réseau unique.

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