‹ Oevres choisiesChapitre 29 sur 288 · XX.\.V1II LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XX.\.V1II LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES

délerininer quel changement, quel progrès définitif elles marquent dans son art, tant au point de vue de l'expression que de l'invention poétique.

Si les Méditations sont fi 1 1 es de Milly, on sent que les Harmonies se sont épanouies à la splendeur du soleil méridional. Au lieu de paysages modestes, aux(juels les sentiments donton les imprègne donnent seuls leur prix, ce que le poète déploie •à nos yeux, c'est la mer et ses rivages, ce sont les montagnes, les bouquets de pins frémissant au vent du large, les nuits tièdes et dorées des pays chauds. Le « vallon » plein d'ombre où jadis, avec tant de douceur, s'enfermait sa rêverie, mémo l'horizon plus vaste et plus libre qu'il découvrait du haut des coteaux de Milly sont des cadres désormais trop étroits pour t)0n imagination avide d'espace, de chaleur et de lumière. Comparez l'Isolement aux larges tableaux des Harmonies, le contraste est frappant. La colline, l'arbre et le fleuve, un lac à demi noyé dans les brumes, la plaine où se perdent les regards, voilà ce qui, dix ans plus tôt, représentait pour Lamartine l'immensité. De temps en temps, le souvenir des années denfance, la pensée des êtres chers qu'il y a laissés le ramènent encore, avec une sorte de repentir, à ces lieux sans vraie beauté ; mais son imagination d'artiste s'est créé une autre patrie. La montagne et la mer ont exercé sur lui leur séduction^, la mer surtout, qui est, écrirai il bientôt, « aux scènes de la nature ce que l'œil est à un beau visage ; elle les éclaire, elle leur donne ce rayonnement, cette physit>nomie qui les fait vivre, parler, erichanter, fascrner le regard qui les contemple- ». 11 ne conçoit plus un paysage coniplet sans le mirpjx etj^^eflet des eaux. Tantôt la mer n'est^qu^u fond du tableau^ lumineuse et infinie,^ccueinante aux songes; tantôt elle est à^ll^seule tout le tableau, frissonnajite à l'éveil du jour, inquiète au déclin de la lumière ^. La brise marine et le mouvement des vague¥ remplissent Tes Harmonies de leur murmure. LamàrTInè fevaîlU'un épisode des Pêcheurs, qu'il a, dit-il, écnt en partie et perdu; et peut-être était-il seul capable de donner ce qu'il a appelé quelque part « l'églogue marine », poème du rivage et du flot, aussi touchant et aussi aimable que l'églogue rustique d'un Virgile.

I. Les Nouvelles Méditations contenaient déjà une fort belle pièce, La Solilnde, inspirée par le spectacle fies Alpes. a. Vtyage en Orient, t. 1, p. 33.

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