INTRODUCTION XX;XIX
D'ailleurs, pasplus ici que dans les Méditations, on ne rencontre une description proprement dite, minutieuse ou seulement conforme à une réalité précise. Lamartine, jusqu'à présent, avait considéré la nature, si l'on peut parler ainsi, du point de vue de l'amour, l'associant à ses joies, à ses souvenirs, à ses regrets : il la contemple dorénavant du point de vue de la, divinité. La pensée de Dieu, sans cesse mêlée à sa vision des/1 choses, ravive et rajeunit son inspiration, et semble douer// l'univers d'une fraîcheur et d"une majesté nouvelles. Que voili' le regard de Dieu quand il s'abaisse sur cette terre? et inver-' sèment que veulent dire, pour l'homme pieux et attentif, ces a signes » répandus par le monde et qui tous viennent du Créateur? Tout répond à cette double question :
G Dieu ! vois sur les mers ! le regard de l'aurore Enfle le sein dormant de l'Océan sonore. Qui, comme un cœur d'amour ou de joie oppressé. Presse le mouvement de son flot cadencé.
Et dans ses lames garde encore Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé. Comme un léger sillon qui se creuse et frissonne Dans un champ où la brise a balancé l'épi. Un flot nait d'une ride ; il murmure, il sillonne L'azur muet encor de l'abîme assoupi; 11 roule sur lui-même, il s'allonge, il s'abîme ;
Le regard le perd un moment :
Où va-t-il? 11 revient, revomi par l'abîme; Il dresse en mugissant sa bouillonnante cime ; Le jour semble rouler sur son dos écumant ; Il entraîne en passant les vagues qu'il écrase. S'enfle de leurs débris et bondit sur sa base ; Puis enfin, chancelant comme une vaste tour. Ou comme un char fumant brisé dans la carrière,
Il croule, et sa poussière
En flocons do lumière
Roule et disperse au loin tous ces fragments du jour
(Hymne du maUa.,
Il est une langue inconnue
Que parlent les vents dans les airs,
La foudre et 1 éclair dans la nue,
La vague aux bords grondants des mers,
L étoile de ses feux voilée,
L'astre endormi sur la vallée,
Le chaut loinlain des matelots,
L horizon fuyant dans lespace,
El ce firmament que retrace '
Le cristal ondulant des flots ; *
Les mers d'où s'élance l'aurore.
Les jnonlagnes où meurt le jour.