‹ Oevres choisiesChapitre 33 sur 288 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

toutes personnelles, sur ce grand théâtre de tous les événements religieux et politiques du monde ancien ; j'y vais lire, avant de mourir, les plus belles pages de la création matérielle. Si la poésie y trouve des images et des inspirations nouvelles et fécondes, je me contenterai de les recueillir dans le silence de ma pensée, pour colorer un peu l'avenir littéraire qui pourrait me rester, voilà tout. » En réalité, la préoccupation littéraire, présentée par Lamartine comme secondaire, avait son importance : à l'orientalisme de seconde main et d'imitation qui, depuis Chateaubriand et Byron, avait suffi aux romantiques, il voulait se donner la gloire de substituer les couleurs de la réalité; il sentait en lui-même l'obscur besoin d'un renouvellement artistique; pour la première fois, au lieu de s'abandonner sans recherche aux lentes impressions de la vie quotidienne, il allait volontairement au-devant d'impressions nouvelles ; de rêveur, d'imaginatif, il allait se faire, de son mieux, observateur curieux et narrateur exactl

Par Malte, il gagna d'abord la Grèce, puis la Syrie par Rhodes et Chypre. Pendant que sa femme et sa fille se reposaient à Beyrouth, il visita les deux GalilÉes, la Palestine, Césarée, Tyr et Sidon (septembre-novembre 1832). Une affreuse douleur l'attendait au retour : sa fille Julia, âgé de dix ans, fut enlevée le 6 décembre par une maladie de poitrine dont elle avait apporté les germes de France. Le reste du voyage ne fut pour Lamartine qu'un long désespoir : « Rien ne me touche plus, écrivait-il à Virieu. Je suis bien changé en cœur et en esprit. Cependant je sens encore, mais seulement parles sens, la magnificence des lieux et des climats où je suis. » C'est dans ces dispositions qu'il vit Balbek, Damas, les cèdres du Liban, et revint enfin par Constantinople, la Serbie et les États danubiens (septembre 1833). 11 avait appris en route son élection comme député de Bergues.

On ne saurait exagérer à aucun point de vue, poétique, philosophique, religieux, l'importance du voyage en Orient : pas une des œuvres postérieures qui n'y tienne par quelque racine. Si l'Italie a révélé à Lamartine la lumière, l'Orient lui révèle l'espace sans limite, « miroir de l'infini», et la beauté aride du désert; devant les ruines de Balbek, devant les cèdres monstrueux du Liban, son imagination se familiarise avec l'énorme, le colossal, le surhumain ; il en prend le sens et le goût. Dans la solitude, dans la douleur, en face de ces solennels spectacles de la nature et du passé, sa pensée acquiert une hardiesse et une ampleur qu'elle ne perdra plus désormais.

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