XLVI L/VMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
Par leurs récits héroïques ou guerriers, « vastes comme le désert, confus comme un champ de bataille », ces Orientaux, dont l'abondant et facile génie n'est pas sans affinités avec le sien, lui font connaître des ivresses de l'esprit que ne lui avait ]>as laissé soupçonner jusqu'alors son éducation classique et occidentale'. Il n'est pas jusqu'au spiiitualisme musulman dont il n'ait ressenti l'influence: non qu'il ail rencontré dans le mahométisme, comme jadis dans le platonisme, un stimula nt à ses croyances ^; mais l'almosphcre morale dans la(]uelle il avait vécu de longs mois l'imprégna sans qu'il s'en défen- •(lit. Les religions de l'Inde, auxquelles il s'inilia par la suite, produisirent sur lui un effet analogue. Le fatalisme musulman, forme extrême delà résignât ion, la vaste charité hindoue qui fait entrer en fraternité avec l'homme l'humble monde des bêtes et jusqu'aux végétaux, laissèrent en lui des traces ineffaçables. Quelques passages de JoceJyn, tout le début de la Chute d'un Ange et, dans ce même poème, les fragments du « Livre primitif», des poésies beaucoup plus tardives, comme le Désert (1836), offrent l'expression souvent admirable de cette" philosophie renouvelée : c'est une sorte d'Évangile serni-profane, où se mêlent de la façon la plus singulière une foi audacieuse au progrès et le plus pieux respect des formes primitives de la société et de la morale humaines.
Ou même coup, Lamartine adopte une autre attitude politique. A jamais sorti du christianisme orthodoxe, libre, après ce long exil volontaire, de toute attache avec le gouvernement el les partis, étranger aux ambitions mesquines, dans une complète indépendance de cœur et d'esprit, il est gagné sans retour à la cause des idées démocratiques et libérales, et disposé à les servir en fait, comme sa situation de député va lui en donner le moyen. Il se tourne même vers l'action avec une sorte d'enthousiasme: c( Le passé est écroulé, s'écrie-t-il, le sol est libre, l'espace est vide, l'égalité de droit est admise en principe ; la liberté de discussion est consacrée dans les forfnes gouvernementales, le pouvoir remonté à sa source ;.... la parole parlée et écrite a le droit de faire partout et toujour> son appel à l'intelligence de tous : ce grand tribunitiat de la raison domine et dominera de plus en plus tous les autrei
1. Il déclare, dans le Voyage en Orient, qu'il est de ceux qui « aiment dans l'Orient le pays natal de leur imagination ».
2. Il dit pourVint un jour que l'islamisme était « un christianisme purifié )). (Vigny, Journal d'un poète, année i838).