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INTRODUCTION XLIX

(1833-4839) est caractérisée par un constant effort pour mener de front les deux vies du poète et de Thomme d'action. Ce fut le rêve de plus d'un romantique; mais il ne fut donné qu'à lui de le réaliser aussi pleinement. Pendant les sessions, de dévoi-antes occupations l'absorbent tout entier : travail opiniâtre sur lui-même pour conquérir l'autorité et la facilité de la parole, visites, sollicitations, lettres à écrire par centaines. 11 en gémit, et pourtant cette rude distraction est la seule qui puisse l'arracher à ses douloureux souvenirs et lui cacher le vide de sa vie dévastée. Puis les vacances parlementaires, durant l'été et l'automne, le rendent aux impressions paisibles de Saint-Point et de Milly; il retrouve, célèbre, triste et vieilli, ces lieux qui avaient, trente ans auparavant, déposé en lui les germes obscurs du génie. Le calme profond de la campagne, qui exaspérait jadis son impatience de vivre, le console maintenant d'avoir vécu. Tout entier aux «délices de la pensée et de l'imagination solitaire», il lui revient parfois un rayon de sa « poésie de seize ans »; des souffles de jeunesse, de joie intérieure, d'invincible espérance lui remontent alors aucœirr. C'est dansces « heures de paix», où il rêve de plus de poèmes qu'il n'en écrira, que naît Jocelyn, que s'ébauche la Chute d'un Ange.

Nous avons vu que Jocelyn, qui parut en février 4836, avait été commencé avant le voyage d'Orient. 11 ne devait avoir alors que quatre chants. Au retour, Lamartine reprit son poème et l'élargit. Plusieurs passages, en particulier l'épisode du chien, celui des Laboureurs, portent la trace du progrès qui venait de s'accomplir dans ses idées. Pourtant, s'il fallait rattacher Jocelyn à l'un des genres de poésie qu'énumère le « Discours » de 1834, il ressortirait moins, semble-t-il, à la poésie philosophique qu'à cette poésie populaire, destinée à répandre « des vérités, de l'amour, de la raison, des sentiments exaltés de religion et d'enthousiasme ». Sans se détourner du public lettré qui avait si favorablement accueilli ses premières œuvres, Lamartine maintenant voulait s'adresser aussi à un public plus vaste et moins raffiné. « Je prophétise, écrivait-il à Virieu, que cela sera trouvé bête pendant six ans, et dans les poches des cordonniers ensuite. » Et quelques semaines plus tard : «J'entends dire et j'aime à croire... que cela sera populaire comme Paul et Virginie en grand et en vers. » Ambition toute nouvelle chez lui, et qui ne le quittera plus.

Le sujet de Jocelyn est trop connu pour qu'il soit utile de le rappeler ici. Lamartine en a emprunté les éléments à la réalité.

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