‹ Oevres choisiesChapitre 45 sur 288 · LVI LAMARTINE : ŒUVIŒS CHOISIES · texte numérisé non relu

LVI LAMARTINE : ŒUVIŒS CHOISIES

qu'un pareil excès de facilité et de complaisance envers soinième est fatal au plus beau génie.

La Chute cl'vn Ange parut en mai 1838. Le sentiment du public sçmble avoir été d'abord la surprise : ceux même qui admiraient ne comprenaient pas bien. L'Avertisspnent placé en tète de la première édition n'était pas fait pour éclaiier beaucoup le lecteur : « C'est, disait le poète, une page de plus do cette œuvre de trop longue haleine dont je me suis tracé le plan de bonne heure et dont j'ébaucherai quelques fragments de plus jusqu'à mes années d'hiver, si Dieu m'en réserve. La nature morale en est le sujet, etc. >>

Cette « nature morale », que Lamartine avait montrée dans Jocelyn sous son aspect moderne et chrétien, avec ses scrupules, ses luttes, ses sacrifices, il voulait cette fois la saisir dans l'humanité des premiers âges, réduite aux sentiments élémentaires et quasi instinctifs de l'amour et de la haine. Cédar, l'ange déchu, Daïdha, fille de la tribu primitive, tels sont les héros qu'il est allé chercher au delà du Déluge, à la source des temps :

Or c'était dans ces jours où le souverain Juge A peine retenait les vagues du Déluge. —

En eux, tout est sentiment. Ce n'est ni l'orgueil ni la révolte de l'esprit qui causent la chute de Cédar, mais son amour pour Daïdha. Devenu homme, rien ne subsiste de son intelligence céleste : il ignore jusqu'au langage de ses nouveaux compagnons. L'amoUr seul vit en lui. Daïdha, de même, ne sait qu'ai mer son époux et ses enfants avec la sauvagerie sublime de l'instinct ; quand ses petits sont en danger, elle les défend comme la lionne ses lionceaux, comme la biche ses faons. Persécutés, ils s'enfuient et trouvent miraculeusement auprès d'un vieux sage, avec Je repos et la sécurité, les premiers enseignements de la morale ; ces conseils de justice et débouté les pénètrent d'une surprise attendrie, et, pour la première fois, l'amour s'ennoblit en eux par la piété : tous deux,

assis aux pieds du beau vieillard, Suivaient, sans respirer, ses lèvres du rctrard, Et, de ce monde neuf admirant les merveilles, Croyaient entendre un rêve enseigner leurs oreilles ; Et souvent le vieillard pour eur recommençait. Et chaque fois en eux leur âme grandissait. O délices sans fond de ce ciel sur la terre « n

' Qu'ils savouraient tous deux aux pieds du solitaire I Dans leurs cœurs confondus recevoir à la fois L'ivresse de la vie et les divines lois.

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