LE RÉVEIL S
Quelque nouvel Oreste aveuglé par les dieux,
Qu'atteignait à la fin la tardive justice,
Et que la terre au ciel devait en sacrifice !
Socrate ! et c'était toi qui, dans les fers jeté, 3S
Mourais pour la justice et pour la vérité 1!!
Enfin de la prison les gonds bruyants roulèrent ;
A pas lents, l'œil baissé, les amis s'écoulèrent.
Mais Socrate, jetant un regard sur les Ilots,
Et leur montrant du doigt la voile vers Délos : - La
« Regardez ! sur les mers cette poupe fleurie,
C'est le vaisseau sacré, l'heureuse théorie!
Saluons-la, dit-il : cette voile est la mort !
Mon âme aussitôt qu'elle entrera dans le port.
Et cependant parlez, et que ce jour suprême iS
Dans nos doux entretiens s'écoule encor de même !
Ne jetons point aux vents les restes du festin, *
Des dons sacrés des dieux usons jusqu'à la fin :
L'heureux vaisseau qui touche au terme du voyage
Ne suspend pas sa course à l'aspect du rivage ; bo
Mais, couronné de fleurs et les voiles aux vents,
Dans le port qui l'appelle il entre avec des chants I
« Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heurb
En sons harmonieux le doux cvgne se pleure :
Amis, n'en croyez rien ; l'oiseau mélodieux 55
D'un plus sublime instinct fut doué par les dieux.
Sa. Oreste, dont on connaît la légende, est pris ici comme tvpe du parricide ; les anciens ont toujours assimilé les crimes de lèse-patrie à 1 attentat du fils contre ses parents.
38. S'écoulèrenl, hors du portique, pour entrer dans I.t prison.
42. L'Iieurease théorie : la députation sacrée que le vaisseau ramène.