‹ Oevres choisiesChapitre 94 sur 288 · L'AME EST IMMORTELLE · texte numérisé non relu

L'AME EST IMMORTELLE

Les premières paroles de Socrate émeuvent profondément ses amis. Lui, continue en souriant:

« Quoi ! vous pleurez, amis ! vous pleurez quand mon âme,

57. Enrôlas. Fleuve de Laconie (auj. Iri), célèbre pour la fertilité de ses rives, qii'ég.iyent en particulier d'innombrables launers-roses.

6i. Passage presque liltéralenient traduit du Phi'don (84, E — 85, E) : « Les eygnes, quand ils sentent qu'ils vont mourir, chantent encore mieux ce jourlà qu'ils n'ont jamais (ait, dans leur joie d'aller trouver le dieu qu'ils servent [AjioUon, auquel ils étaient consacrés]. Mais la crainte que les hommes ont de la mort leur fait calomnier ces cygnes, en disant qu'ils pleurent leur mort, et qu'ils chantent de tristesse... Je crois plutôt qu'étant consacrés à Apollon, ils sont devins, et que, prévoyant le bonheur dont on jouit au sortir de la vie, ils chantent et se réjouissent ce jour-là plus qu'ils n'ont jamais fait. Et moi, je pense que je sers Apollon aussi bien qu'eux, que je suis consacré au même dieu, que je n'ai pas moins reçu qu'eux de notre commun maître l'art de la divination, et que je ne suis pas plus fâché de sortir de cette vie. » (trad. (>o>isin).

Gg. Éloi'jnons le^ femmes. Cf. Phédon, 60, A : Socrate fait de même, avant l'entretien, remmener Xanthippe chez elle.

LAME EST IMMORTELLE So

Semblable au pur enrens que la prêtresse enflamme,

Afl^ianchie à jamais du vil poids de son corps,

Va s'envoler aux dieux, et, dans de saints transports,

Saluant ce jour pur, qu'elle entrevit peut-être, 5

Chercher la vérité, la voir et la connaître !

Pourquoi donc vivons-nous, si ce n'est pour mourir?

Pourquoi pour la justice ai-je aimé de soufl'rir?

Pourquoi dans cette inort qu'on appelle la vie,

Contre ses vils penchants luttant, quoique asservie, lo

Mon âme avec mes sens a-t-elle combattu?

Sans la mort, mes amis, que serait la vertu?...

C'est le prix du combat, la céleste couronne

Qu'aux bornes de la course un saint juge nous donne;

La voix de Jupiter qui nous appelle à lui ! i5

Amis, bénissons-la ! Je l'entends aujourd'hui :

Je pouvais, de mes jours disputant quelque reste.

Me faire répéter deux fois l'ordre céleste ;

Me préservent les dieux d'en prolonger le cours !

En esclave attentif, ils m'appellent, j'y cotirs ! ao

Et vous, si vous m'aimez, comme aux plus belles fêtes,

Amis, faites couler des parfums sur vos tètes.

Suspendez une offrande aux murs de la prison,

Et, le front couronné d'un verdoyant feston.

Ainsi qu'un jeune époux qu'une foule empressée, aô

Semant de chastes fleurs le seuil du gynécée,

Vers le lit nuptial conduit après le bain.

Dans les bras de la mort menez-moi par la main !...

t\. Aux dieux. Cet emploi de à pour indiquer la direction est fréquent cho7. Lamartine.

5. Ce jour pur : le jour de la vérité, que j'ai peut-être entrevu pendant ma vie.

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