‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 101 sur 160 · LIVRE IV. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 2i

y répondre; si les livres étoient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent; si flous avons été d assez bonne foi pour donner cours * atix leurs parmi nous, et pour y laisser leurs plus fortes objections telles qu'ils les avoient faites !

Tous ces monuments reconnus pour incontestables , il faut passer ensuite aux preuves de la mission de leurs auteurs; il faut bien savoir les lois des sorts, les probabilités éventilres, pour jug$r quelle prédiction ne peut s'accomplir sans miracle;: le génie des langues originales pour distinguer ce qui est prédiction dans ces langues, et ce qui n'est que figure oratoire; quels faits sont dans l'ordre de la nature, et quels autres faits n'y sont pas; pour dire jusqu'à quel point un homme adroit peut fasciner les yeux des simples, peut étonner^ même les gens éclairés ; chercher de quelle espèce doit être un prodige, et quelle authenticité il doit avoir, non seulement pour* être cru , mais pour ^u on soit punissable d'eh douter ; comparer les preuves des vrais et des faux prodiges, et trouver les régies sûres pour les discerner; dire enfin pourquoi Dieu choisit, pour attester sa parole, des moyens qui ont eux-mêmes si grand besoin d'attestation, comme s'il se jouoit de la crédulité des hommes, et qu'il évitât à dessein les vrais moyens de les persuader.

Supposons que la majesté divine daigne s abais-

ser assez pour rendre un homme l'organe de ses volontés sacrées; est-il raisonnable, est-il juste d exiger que tout le genre humain obéisse à la voix de ce ministre sans le lui faire connoître pour tel? Y a-t-il de l'équité à ne lui donner, pour toutes lettres de créance, que quelques signes particuliers faits devant peu de gens obscurs, et dont tout * le reste des hommes ne saura jamais rien que par ouï-dire? Par tous les pays du monde, si Ton tenoit pour vrais tous les prodiges que le peuple et les simples disent avoir vus, chaque secte seroit la bonne ; il y auroit plus de prodiges que d'événements naturels; et le plus grand de tous les miracles seroit que là où il y a des fanatiques persécutés, il n'y eût point de miracles. C'est l'ordre inaltérable de la nature qui montre le mieux la sage main qui la régit; s'il arrivoit beaucoup d'exceptions, je ne saurois plus qu'en penser; et pour moi, je crois trop en Dieu pour croire à tant de , miracle^ si peu dignes de lui.

Qu un homme vienne nous tenir ce langage :

Mortels, je vous annonce la volontédu Très-Haut ; reconnoissez à ma voix celui qui m'envoie; j'ordonne au soleil de changer sa course, aux étoiles de former un autre arrangement, aux montagnes de s'aplanir, aux flots de s'élever, à la terre de prendre un autre aspect. A ces merveilles, qui ne reconnoîtra pas à l'instant le maître de la nature?

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