LIVRE IV
de le garantir au moins des surprises de Terreur, et de lui montrer à découvert les périls dont il est environné. Jusqu'ici je larrêtois par son ignorance; c'est maintenant par ses lumières qu'il faut l'arrêter.
Ces nouvelles instructions* sont importantes , et il convient de reprendre les choses de plus haut. Voici l'iftstant de lui rendre, pour ainsi dire, mes comptes; de lui montrer l'emploi de son temps et du mien; de lui déclarer ce qu'il est et ce que je suis; ce que j'ai fait, ce qu'il a fait; ce que nous nous devons l'un à l'autre, toutes ses relations morales,* tous les engagements qu'il a contractés , tous ceux qu'on a contractés avec hii , à quel point il est parvenu dans le progrès de ses facultés, quel chemin lui reste à foire, les difficultés qu'il y trouvera , les moyens de franchir ces difficultés , en quoi je lui puis aider encore, en quoi lui seul peut désormais s'aider, enfin le point critique où il se trouve, les nouveaux périls qui l'environnent, et toutes les solides raisons qui doivent l'engager à veiller attentivement sur lui-même avant d'écouter ses désirs naissants.
Songea que pour conduire un adulte il faut prendre le contre-pied de tout ce que vous avez fait pour conduire un enfant. Ne balancez point à l'instruire de ces dangereux mystères que vous lui avez cachés si long-temps avec tant de soin.
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Puisqu'il faut enfin qu'il les sache, il importe qu'il ne les apprenne ni d'un autre, ni de lui-même, mais de vous seul : puisque le voilà désormais forcé de combattre, il faut, de peur de surprise, qu'il connoisse son ennemi.
Jamais les jeunes gens qu'on trouve savants sur ces matières,' sans savoir comment ils le sont devenus, ne le sont devenus impunément. Cette indiscrète instruction, ne pouvant avoir un objet honnête, souille au moins l'imagination de ceux qui la reçoivent, et les dispose atot vices dç ceux qui la donnait. Ce n'est pas tout ; des domestiques s'insinuent ainsi dans l'esprit d'un enfant , gagnent sa confiance, lui font envisager son gouverneur comme un personnage triste et fâcheux; et l'un des sujets favoris de leurs secrets colloques est de médire de lui. Quand l'élève en est la, le maître peut se retirer, il.n a plus rien de bon à faire.
Mais pourquoi l'enfant se choisit^il des confidents particuliers? Toujours par la tyrannie de ceux qui le gouvernent. Pourquoi se cacherok-ii d'eux, s'il tfétoit forcé de s'en cacher? Pourquoi s'en plaindroitfl , s'il n'avoit nul sujet de s'en plaindre? Naturellement ils sont ses premiers confidents ; on voit à l'empressement avec lequel il vient leur dire ce qu'il pense, qu'il croit ne l'avoir pensé qu'à moitié jusqu'à ce qu'il le leur ait dit. Comptez que si l'enfant ne craint de votre part ni ser-