LIVRE IV. a
et tenir à^mou Éuiile les discours convenables à la conjoncture où le progrès des ans la fait arriver, il ne vienne <Je lui-même au point où je veux le conduire, qufyne se mette aVec empressement soùs ma sauvegarde, et qu'il ne me dise avec toute la chaleur de son âge, frappé des Rangers dont il se voit environné : O mon ami , mon protecteur, mofi maître! reprenez l'autorité que tous voulez déposer au moment qu'il m'importe le plus qu'elle vous reste ; vous ne l'aviez jusqu'ici que par mafoiblèsse; vous l'aurez maintenant par ma volonté , et elle m'en sera pli^s sacrée. Défendez-moi de tous les ennemis qui m'assiégenf , ef Sur-tout de ceux que je porte avec moi, et qui me trahissent; veillez sur votre ouvrage, afin qu'il demeure digne de vous. Je veux obéir à vos lois, je le veux toujours, c'est ma volonté constante; si jamais je vous désobéis, ce sera fnalgré moi : rendez-moi libre en me protégeant contre mes passions qui me font violence ; empêchez- moi d'être leur esclave, et forcez-moi d'être mçn propre maître en n'obéissant point à mes sens , mais à ma raison.
Quand vous aurez amené vbtre élève à ce point (et s'il n'y vient pas ce sera votre faute), gardezvous de le prendre trop vite au mot, de peur que> si jamais votre empire lui paroît trop rude, il ne se croie en droit de s'y soustraire en vous accusant de l'avoir surpris. C'est en ce moment que la ré-
serve et la gravité sont à leur place; et ce ton lui en imposera d'autant plus , que ce s.era là première fois qu'il vous l'aura vu prendre.
Vous lui direz donc : Jeune homme, vous prenez légèrement des engagements pénibles , il faudrait les connoître pour être endroit de les former : vous ne savez pas avec quelle fureur les sens entraînent; vos pareils dans le gouffre des^ vices sous l'attrait du plaisir. Vous n'avez point une ame abjecte, je levais bien ; vous ne violerez jamais votre foi; mais combien de fois peut-être vous vous repentirez de l'avoir donnée! combien de fois vous maudirez cehii qui vous aime , quand, pour vous dérober aux maux qui vous menacent, il se verra forcé de vous déchirer le cœur ! Tfel qu'Ulysse, ému du chant des Sirènes, crioit à ses conducteurs dé le déchaîner, séduit par l'attrait des plaisirs, vous ^voudrez briser les liens 'qui vous gênent; vous m'importunerez de vos plaintes; vous me reprocherez ma tyrannie quand je serai le plus tendrement occupé de vous; en ne songeant qu'à vous rendre heureux, je m'attirerai votre haine. O mon Emile! jenesuppofteraijamais la douleur de t'être odieux; ton bonheur même est trop cher à ce prix. Bon jeune homme , ne voyez-vous pas qu'en vous obligeant à mobéir vous m'obligez à vous conduire, à m'oublier pour me dévouer à vous, à n écouter ni vos plaintes, ni yos murmures, àcom-