‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 131 sur 160 · LIVRE IV, a · texte numérisé non relu

LIVRE IV, a

battre incessamment vos désirs et les miens? Vous m'imposez un joug plus "dur que le vôtre,. Avant de nous en charger tous <\.eux , Consultons nos forces; prenez v du temps, donnezi-m'en pour y penser, et sachez que le plus lent à promettre est toujours le plus fidèle à tenir.

Sachez aussi vous-même que plus vous vous rendez difficile sur rengagement , et plus vous en facilitezl'exécution.ïl importe que lejeune homme sente qu'il promet beaucoup, et que vous promettez encore plus. Quand le moment sera venu, et qu'il aura, pour ainsi dire, signé le contrat, changez alors de langage, mettez autant de douceur dans votre empire que vous avez annoncé de sévérité. Vous lui direz*: Mon jeune ami, l'expérience vous manque, mais j'ai fait en sorte que la raison ne vous manquât pas. Vous êtes en état de voir par-tout les motifs de ma*çonduite; iLne faut pour cela qu'attendre que vous soyez de sang-froid. Commencez toujours par obéir*, et puis demandezmoi compte de mes ordres ; je serai prêt à vous .en rendre raison sitôt que vous serez, en état de m'entendre, et je ne craindrai jamais de vous prendre pour juge entre vous et moi. Vous promettez d'être docile, et moi je promets de n'User de cette docilité que pour vous rendre le plus heureux des hommes. J'ai pour garant de ma promesse le sort dont vous avez joui jusqu'ici. Trouvez quelqu'un

de votre âge qui ait passé une vie aussi douce que

la vôtr^ et je ne vous prbmets plus rieh.

Après l'établissement de mou autorité , mon premier soin sera d'écarter la nécessité 1 cten foiré usage. Je n'épargnerai rien pour m établir déplus en plus dans sa confiance, pour me rendre de plus en plus le confident de son cœur et l'arbitre de ses plaisirs. Loiù de combattre les penchants de son âge, je les consulterai pour en être le maître; j'entrerai dans ses vues pour les diriger, je ne lui chercherai point aux dépens du présent un bonheur éloigné. Je ne veux point qu'il soit heureux une fois, mais toujours , s'il est possible.

Ceux qui veulent conduire sagement la jeunesse pouiç là garantir des pièges des. sens lui font horreur de l'amour, et lui feroient volontiers un crime d'y songer à son âge, comme si l'amour étoit fait pour les vieillards. Toutes ces leçons trompeuses que le oœur dément ne persuadent point. Le jeune homme, conduit par un instinct plus sûr, rit eu secret des tristes maximes auxquelles il feint d'acquiescer, et n'attend que le moment de les rendre vaines. Toufrcela est contre.la nature. En suivant une route opposée, j'arriverai plus sûrement au m^me but» Je ne craindrai point de flatter en lui le doux sentiment dont il est avide; je le lui peindrai comme le suprême bonheur de la vie,*parcequ'il l'est en effet; en le lui peignant, je veui qu'il

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