‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 132 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

s'y livre; en lui feisaftt sentir quel charin* ajoute à l'attrait des sens Funiob des cœurs-, je le dégoûterai du libertinage, çt je ta rendrai s^ge en le rendant amoureux.

Qu.'il faut être borné pour ne voir danajes désirs naissants d un jeune homme qu'un obstacle aux leçons die la raison ! Moi , j'y vois le vrai moyen dele rendre docile à ces mêmes leçons. On n'a de prise sur les passions que par les passions; c'est parleur empire qu'il faut combattre leur tyrannie, et c'est toujours de la.nature ellp-même qu'il faut tirei: les instruments propres à la régler.

Emile n'est pas fait pour pester toujours solitaire; membre de la société, il en dqtt remplir les devoirs. Fait pour vivre avec les tommes, il doit les connoître. Il connoît l'homme en général; il lui reste à connpître les individus. Il sait/ce qu'on fait dans le monde; il lui reste à voir comment on y vit. Il est temps de lui montrer l'extérieur de cette grande scène dont il connoît déjà tous les jeux caché». Il n'y portera plus l'admiration stupide d'un jeune étourdi, mais le discernement d'un esprit droit et juste. Ses passions pourront l'abuser, sans doute; quand est-ce qu'elles n'abusent pas ceux qui s'y livrent? mais au moins il ne sera, point . trompé par celles des autres. S'il les voit, il les verra 4e l'œil du sage, sans être entraîné par leurs exemples ni séduit par leurs préjugés.

Comme A y a up âgeproprèà l'étudedessciences, il y en a un- poijr bien saisir l'usage du monde. Quiconque apprend oet usage trop jeune le suit toute sa* vie, sans choix, saris réflexion, et, quoique avec suffisance, sans jamais bien savoir ce qu'il fait. Mais celui qui l'apprend, et qui en voit les raisons , le suit avec plus dé discernement , et par conséquent avec plus de justesse et de grâce. Donnez- moi un enfant de douze ans qui ne sache rien du tout, à quinze ans jedois vous le rendre aussi savant que celui que vous avez instruit dès le premier âge^ avec la différence que le savoir dix vôtre ne sera que dans sa mémoire , et que celui du mien sera dans son jugement. De même, introduisez un jeune homme de -vingt ans dans le paonde; bien conduit, il sera dans un an plus aimable et plus judicieusement poli que celui qu'on y aura nourri dès son enfance : car le premier, étant capable de sentir les raisons de tous les procédés relatifs à l'âge, à l'état, au sexe, qui constituent cet usage , les peut réduire en principes , et les étendre aux cas non prévus; au lieu que l'autre, n'ayant que sa routine pour toute règle, est embarrassé sitôt qu'on l'en sort.

Les jeunes demoiselles françoises sont toutes élevées dans des cou vents jusqu'à ce qu'on les marie. Saperçoit-on quelles aient peine alors. à prendre ces manières qui leur sont si nouvelles? et

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