‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 137 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« leurs folles maiimes? Pas même cela , cher Emile ; « ils se trompent pour vous tromper; ils ne sont « point d'accord avec eux-mêmes : leur cœur les a dément sans cesse 4 et souvent leur bouche les « contredit. Tel d'entre eux tourne en dérision « tout ce qui est honnête, qui seroit kvL désespoir « qiie sa femme pensât comme lui. Tel autre pous- « aéra cette indifférence de moeurs jusqu'à celles « de la femme qu'il n'a point encore , ou , pour « comble d'infamie, à celles de la femme qu'il a « déjà: inais allez plus loin, parlez-lui de sa mère, « et vûyefc s'il passera Volontiers pour être un en- « font d'adultère et le fils d'une femme de mau- « vaiée vie, pour prendre à faux le nom d'une fa- « mille, pour en voler le patrimoine à l'héritier « naturel , enfin s'il se laissera patiemment traiuter.de bâtard. Qui d'entre eux voudra qu'on « rende à sa fille le déshonneur dont il couvre celle « d'àiitrui? Il n'y en a pas un qui n'attentât même «à votre vie, si vous adoptiez avec lui, dans la «pratique, tous les principes qu'il s'efforce de « vous donner. C'est ainsi qu'ils décèlent enfin leur « inconséquence, et qu'on sent qu'aucun d'eux ne « croit ce qtt'il dit. Voilà dès raisons, cher Étoile : « pesez les leurs, s ? ils en ont, et comparez. Si je « voùlois useF comme eux de mépris et de raille- « rie, TOU9 les verriez prêter le flanc au ridicule «autant peut-être et plus que moi. Mais je n'ai

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« pas peur d'un examen sérieux. Le triomphe des « moqueurs est de courte durée ; la vérité demeure, « et leur rire insensé «'évanouit. »

Vous n'imaginez pas comment, à vingt ans, Emile peut être docile. Que nous pensons différemment ! Moi , je ne conçois pas comment il a pu l'être à dix; car quelle prise avois-je sur lui à cet âge? il ma fallu quinze ans de soins pour me ménager cette prise. Je ne 1 elevois pas alors, je le préparois pour être élevé. Il l'es! maintenant assez pour être docile; il reconnoît la voix de l'amitié, et il sait obéir à la raison. Je lui laisse, il est vrai, l'apparence de l'indépendance; mais jamais il ne me fut mieux assujetti, car il l'est parcequ'il veut l'être. Tant que je n'ai pu me rendre maître de sa volonté, je le suis demeuré de sa personne; je ne le quittais pas d'un pas. Maintenant je le laisse quelquefois à lui-même, parceque je le gouverne toujours. En le quittant je l'embrasse, et je lui dis d'un air assuré : Emile, je te confie à mon ami; je te livre à son cœur honnête; c'est lui qui me répondra de toi.

Ce n'est pas l'affaire d'un moment de corrompre des affections saines qui n'ont reçu nulle altération précédente, et d'effàeer des principes dérivés immédiatement des premières lumières de là raison. Si quelque changement s'y fait durant mon absence, elle ne sera jamais assez longue , il ne saura

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