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qu'il se mêle aux institutions des hommes : il ne faut pas le détruire , il fout le régler; et cela peut-* être est plus difficile que de l'anéantir . Il serait très dangereux qnll apprit à votre élève à donner le change à ses sens et à suppléer aux occasions de ' les satisfaire : s il connoît une fois ce dangereux supplément , il est perdu . Dès-lors il aura toujours le corps et le cœur énervés; il portera jusqu'au tombeau les tristes effets de cette habitude , la plus funeste à laquelle un jeune homme puisse être assujetti. Sans doute il vaudroit mieux encore..:. Si les fureurs d'un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains; mais je joe balancerai pas un moment, je ne souffrirai point que la fin de la nature soit éludée. S'il faut qu'un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je peux te délivrer :*quoi qu'il arrive, je t'arracherai plus aisément aux femmes qu'à toi.
Jusqu'à vingt ans le corps croît, il a besoin de toute sa substance : la continence est alors dans l'ordre de la nature, et l'on n'y manque guère qu'aux dépens de sa constitution. Depuis vingt ans la continence est un devoir de morale; elle importe pour apprendre à régner sur soi-même, à rester le maître de ses appétits. Mais les devoirs moraux x>nt leurs modifications , leurs exceptions , leurs régies. Quand la foiblesse humaine rend une
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alternative inévitable , de deux maux préférons le moindre ; en tout état de cause il vaut mieux commettre une faute que de contracter un vice.
Souvenez-vous que ce n'est plus de mon élève que je parle ici, c'est du vôtre. Ses passions, que vous avez laissées fermenter, vous subjuguent: cédez-leur donc ouvertement, et sans lui déguiser sa victoire. Si vous savez la lui montrer dans son vrai jour, il en sera moins fier que honteux, et vous vous ménagerez le droit de le guider durant son égarement, pour lui faire au moins éviter les précipices. Il importe que le disciple ne fasse rien que le maître ne le sache et ne le veuille, pas même ce qui est mal; et il vaut cent fois mieux que le gouverneur approuve une faute et se trompe, que s'il étoit trompé par son élève, et que la fauté se fit sans qu'il en sût rien. Qui croit devoir fermer les yeux sur quelque chose se voit bientôt forcé de les fermer sur tout : le premier abus toléré en amène un autre; et cette chaîne ne finit plus qu'au renversement de tout ordre et au mépris de toute loi.
Une autre erreur que j'ai déjà combattue, mais qui ne sortira jamais des petits esprits, c'est d'affecter toujours la dignité. magistrale, et de vouloir passer pour un homme parfait dans l'esprit dé son disciple. Cette méthode est à contre -sens. Comment ne voient-ils pas qu'en voulant affermir
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leur autorité ils latlétruisent ; que<pbur faiçe écouter ce (ju'on dit il faut se mettre à la place de ceux à qui l'on s adresse, et qu'il faut être homme pour savoir parler au cœur humain ! Tous ces gens parfaits ne, touchent ni ne persuadent ; on se dit toujours *qull leur est bien aisé de combattre des passions qu ils ne sentent pas. Montrez vos foiblesses à votre élève, si vous voulez le guérir des siennes ; qu'il voie en vqus les mêmes combats qu'il éprouve , qu'il apprenne à se vaincre à votre exemple, et qu'il ne. dise pas comme les autres : Ces vieillards, dépités de n'être plus jeunes, veulent traiter les jeunes «gens en vieillards; et , parceque tous leurs désirs sont éteints, ils nous fout uh crime des nôtres.'
Montaigne dit qu'il demandoitun jour au seigneur de Langey combien de fois, dans ses négociations d'Allemagne , il s'étoit enivré pour le service du roi r . Je demanderais volontiers au gouverneur de certain jeune homme combien de fois il est entré dans un mauvais heu pour le service de son élève. Combien de fois? Je me trompe. Si la première n ote à jamais au libertin le désir d'y rentrer, s'il n'en rapporte le repentir et la honte, s'il ne verse dans votre sein des torrents de larmes,
1 * Il est question de Du Bellay, seigneur de Langey, excellent négociateur, bon capitaine et mauvais courtisan.
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quittez^le à l'instant; il n'est qti'un monstre, ou vous n'êtes qu'un imbécile; vous ne lui servirez jamais à rien. Mais laissonsces expédients extrêmes, aussi 'tristes que dangereux , et qui n'ont aucun rappqrt à notre éducation. ,
Que de précautions à prendre avec un jeune * homme bien néavant que de l'exposer au scandalç des mœurs du siècle! Ces précautions sont pénibles, mais elles sont indispensables; c'est la négligence en ce point qui perd toute la jeunesse; c'est par le désordredu premier âgegueles hommes dégénèrent, et quon les voit devenir ce qu'ils sont aujourd'hui. Vils et lâchet dans leurs vices mêmes, ils n'ont que de petites âmes, pareeque leurs corps usés ont été corrompus de bonne heure; à peine leur reste-t-il assez de vie pour se mouvoir. Leurs subtiles pensées marquent des esprits sans étoffe; ils. ne savent rien sentir de grand et de noble ; ils n'ont ni simplicité ni vigueu r : abjects en toute chose, et bassement méchants, ils ne soiit que vains , fripons, faux; ils n'ont pas même assez de courage pçur être d'illustres scélérats. Tels sont les méprisables hommes que forme la crapule de la jeunesse : s'il s'en trouvoit un seul qui sût être tempérant et sobre, qui sût, au milieu d'eux, préserver: son cœur, son sang, ses mœurs, df la contagjqp de .l'exemple, à trente ans il écraseroit tous ces insectes, et deviendrait