LIVRE IV. 3o
parlerai ci-après, ou du prix qu'on donne à des bagatelles , dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous. Celui qui conuoît . assez de choses pour donner à toutes leur véritajaje prix, ne parle jamais trop; car il sait apprécier aussi l'attention qu'on lui donne et l'intérêt qu'on peut prendre à ses discours. Généralement les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu. Il est simple qu'un ignorant trouve important tout ce qu'il sait, et le dise à tout le monde. Mais un homme instruit n'ouvre pas 'aisément son répertoire; il auroit trop à dire, et il voit encore plus à dire après lui ; il se tqxt.
Loin de choquer les jnanières des autres , Emile s'y conforme fissez Volontiers, non pour. paro|tre instruit 4#s usages, ni pour affecter les airs d'un ■ homme poli, mai» au contraire de peur qu'on ne le distingue^ pour éviter d'être aperçu ; et jamais il n'est plus à son aise que quand en ne prend pas garde à lui.
Quoique entrant dans le monde il en ignore absolument les manières, il nest pas pour cela timide et craintif; s'il se dérobe , ce n'est point par embarras, c'est que pour bien voir il faut n'être pas vu : car ce qu'on pense de lui ne l'inquiète guère, et le ridicule ne lui fait pas la moindre peur. Gela fait qu étant toujours tranquille et de
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sang-froid, il ne se trouble point par la mauvaise honta. Soit qu'on le regarde ou non, il fait toujours de son mieux ce qu'il fait; et toujours tout à lui pour ftien observer les autres, il saisit leurs .manières avec une aisance que ne peuvent avoir le§ escJayes de l'opinion. ^On peut dire qu'il prend plutôt t'usage du monde, précisément parcequ il en fait peu de cas.
Ne vous trompez pas cependant sur sa contenance, et n allez pas la comparer à celle de vos jeunes agréables. Il est ferme et non suffisant ; ses manières sojnt libres et non dédaigneuses: l'air insolent ri appartient qu'aux esclaves, Indépendance n'a rien d'affecté. Je n'ai jaipais vu d'fconime ayant de la fierté dans l'ange en montrer daas son maintien : cette affectation est bieij plus propre aux âmes viles et vaines y qui nje peuvent en imposer que par-là. Je lis daûs un livre ' qitun étran- . ger se présentant un jour dans l^r salle du fameux Marcel, celui-ci lui demanda de quel pays il étoit : << Je suis Anglois , répond l'étranjjçr . Vous Ànglois ! « réplique le danseur; voufc sentez de cette île où « les citoyens ont part à l'administration publique « et sont une portion de la puissance souveraine 1 !
1 * DetEsprit, Bise, n, chap. i.
* Comme s'il y arjoit des citoyens qui ne Eussent pas membres de la cité, et qui n'eussent pas, comme tels, part à l'autorité souveraine! Mais les François, ayant jugé* à propos d'usurper ce respectable nom dn citojens, dû jadis* aux membres de» cités gauloises, en ont dêna-