LIVRE IV. 3i
coupe la parole aux anciens : il n'autorisera point, pour sa part, la réponse d'un vieux gentilhomme à Louis XV, qui liji demandent lequel il préférait de son siècle ou de" celui-ci : « Sire, j ai passé ma «jeunesse à respecter les vieillards, et il* faut que «je passe ma vieillesse à respecter les enfants. »
Ayant une ame tendre et sensible, mais n appréciant rien sur le taux de l'opinion, quoiqu'il aime à plaire aux autres , il se souciera peu d'en être considéré. ■ D'où il suit, qu'il sera plus, affectueux que poli, qu'il n'aura jamais d'airs ni de faste, et qu'il sera plus touché dune caresse que de mille éloges. Par les mêmes raisons il ne négligera ni ses manières ni son maintien; il pourra même avoir quelque recherche' dans sa parure, non pour pat*>ître un homme de goût, mais pour rendre sa figure plus agréable ; il n'aura point recours au cadre doré", et jamais l'enseigne de la richesse ne souillera son ajustement.
On voit que tout cela n'çxige point de ma part un étalagexle préceptes, et n'est qu'un effet de sa première éducation. On nous fait un grand mystère de l'usage du monde; comme si, dans l'âge où l'on prend cet usage, on ne le prenoit pas naturellement, et comme si ce n'étoit pas dans \in cœur honnête qu'il faut chercher ses premières lois! La téritable politesse consiste à marquer de la bienveillance'aux hommes : elle se montre sans
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peine quand on en a; c'est pour celui qui n'en a pas qu on est forcé de réduire en art ses apparences.
« Le plus malheureux effet 'de la politesse d uu sage est d enseigner Fart'de se passer des vertus *< qu elle imite. Qu on nous inspire dans l'éduca*- « tion l'humanité et la bienfaisance, nous aurons « la politesse, ou nous n'en aurons plus besoin.
« Si nous n'avons pas celle qui s annonce par « les grâces, nous aurons celle qu* annonce Thon- « néte homme et le citoyen; nous n aurons pas « besoin de recourir à la fausseté.
« Au lieu d être artificieux pour plaire, il suffira «d'être bon; au lieu d'être faux pour flatter les « fbiblesses des autres, il suffira detre indulgent.
« Ceux avec qui Ton aura de tels procédés n en «seront ni enorgueillis ni corrompus $ fls n'en «seront que reconnotssatots, et. en deviendront « fiieilleurs \ »
Il me semble que si quelque éducation doit produire l'espèce de politesse qu'exige ici M. Duclos , c'est celle clont j'ai tracé le plan jusqu'ici.
Je conviens pourtant qu'avec des maximes si différentes Emile ne sera point comme tout le monde, et Dieu le préserve de l'être jamais! mais, en ce qu'il sera différent des autres, il ne sera ni fâcheux, ni ridicule: la différence seraf sensible
1 Considérations sur les mœurs âevc sièûlc, par M. Duclos.