LIVRE IV. 3i
ne l'ont pas tous en même mesure, âl ne^e développe pas dans tous au même degré; et, dan* .tous il est sujet à s altérer par diverses causes. La mesure du goût qu on peut avoir dépend de la sepsi* bilité qu on a reÇue^ sa culture et ^sa forme dépendent des 3oeiétés où.l'onavécu. Premièrement il faut vivre dans des sociétés nombreuses pour faire beaucoup de comparaisons. Secondement il fout des sociétés d'amusement et d'oisiveté; car, dans celles d'affaires, on a pour régie, non le plaisir , mais l'intérêt. En troisième lieu il faut des sociétés où l'inégalité ne soit pas trop grande, où la tyrannie de l'opinion soit modérée, et où régne la volupté plus que la vanité; car, dans le cas contraire, la mode étouffe le goût; et l'on ne cherche plus ce qui plaît , mais ce qui distingue.
." *Daiis ce deruier cas , il n'est plus vrai que le bon goût est celui dy plus grand nombre. Pourquoi cela? Parcequé l'objet change. Alors la multitude n'a plus de jugement à elle, elle ne jjige plus que d'après ceux qu'elle croit plus éclairés qu'elle; elle approuve, non ce qui est bien, mais ce qu'ils ont approuvé. Dans tous les temps, feites que chaque homme ait son propre sentiment; et ce qui est le plus agréable en soi aura toujours la pluralité des suffrages.
Les hommes, dans leurs travaux, i>e font rien de beau que par imitation. Tous les vrais modèles du
3ao ÉMJLE.
goût sont dan? la nature. Plus nous nous éloignons du maître, plus nos tableaux sont défigurés. C'est alors des objets que nous aimons que nous tirons nos modèles? et le beau de fantaisie, sujet au caprice et à l'autorité, n est plu$ rien que ce ,qui plaît à ceux qui nous guident.
Ceux qui nous guident sont les* artistes, les grands, les riches; et ce qui les guide eux-mêmes est leur intérêt ou leur vanité. Ceux-ci, ppur étaler leurs richesses, et les autres |>our en profiter, cherchent à l'envi de nouveaux moyens de dépense. Par-là le grand luxe établit son empire, et fait aimer ce qui est difficile et coûteux: alors le prétendu beau, loin d'imiter la nature, ne*t tel qu'à force de la contrarier. Voilà comment le. luxe et le mauvais goût sont inséparables. Par-tout où le .goût est dispendieux , il est faux.
C est sur-tout dans le commerce des deux sexes que le goût, bon ou mauvais, prend sa forme; sa culture est up. effet nécessaire de l'objet de cette société. Mais, quand la facilité de jouir attiédit le désir de plaire, le goût doit dégénérer ; et c est là , ce me semble, une autre raison des plus sensibles pourquoi le bon goût tient aux bonnes mœurs.
Consultez le goût des femmes flans les choses physiques et qui tiennent au jugement des sens; celui des hommes dans les choses morales et qui dépendent plus de l'entendement. Quand les