‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 147 sur 160 · LIVRE IV. 32i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 32i

femmes seront ce qu'elles doivent être, elles se borneront aux choses de leur compétence, et jugeront toujours bien ; mais depuis qu elles se sont établies les arbitres de la littérature , depuis qu'elles se sont mises à juger les livres et à en faire à toute force, elles ne se connoissent plus à rien. Les auteurs qui consultent les savantes sm 1 leurs ouvrages sont toujours sûrs d être mal conseillés : les galants qui les consultent sur leur parure sont toujours ridiculement mis. J aurai bientôt occasion de parler des vrais talents de ce sexe, de la manière de les cultiver, et des choses sur lesquelles ses décisions doivent alors être écoutées.

Voilà les considérations élémentaires que je poserai pour principes en raisonnant avec mon Emile sur une matière qui ne lui est rien moins qu'indifférente dans la circonstance où il se trouve , et dans la recherche dont il est occupé. Et à qui doit-elle être indifférente? La connoissance de ce qui peut être agréable ou désagréable aux hommes n'est pas seulement nécessaire à celui qui a besoin d'eux, mais encore à celui qui veut leur être utile: il importe même de leur plaire pour les servir; et l'art d'écrire n'est rien moins qu'une étude oiseuse quand on l'emploie à faire écouter la vérité.

Si , pour cultiver le goût de mon disciple, j 'a vois à choisir entre des pays où cette culture est encore à naître et d'autres où elle auroit déjà dégénéré, je

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suivrais 1 ordre rétrograde ; je commencerais sa tournée par ces derniers, et je finirais par les premiers. La raison de ce choix est que le g©ût se corrompt par une délicatesse excessive qui rend sensible à des choses que le gros des hommes n'aperçoit pas : cette délicatesse mène à l'esprit de discussion ; car plus on subtilise les objets , plus ils se multiplient : cette subtilité rend le tact plus délicat et moins uniforme. Il se forme alors autant de goûts qu'il y a de têtes. Dans les disputes sur la préférence, la philosophie et les lumières s'étendent; et c'est ainsi qu'on apprend à penser. Les observations fines ne peuvent guère être faites que par des gens très répandus , attendu qu elles frappent après tontes les autres, et que les gens peu accoutumés aux sociétés nombreuses y épuisent leur attention sur les grands traits. Il n'y a pas peut-être à présent un beu policé sur la terre où le goût général soit plus mauvais qu'à Paris. Ce* pendant c'est dans cette capitale que le bon goût se eultive ; et il paroît peu de livres estimés dans l'Europe dont Fauteur n'ait été se former à Paris. Ceux qui pensent qu'il suffit de lire les livres qui s'y font se trompent : on apprend beaucoup plus dans la conversation des auteurs que dans leurs livres; et les auteurs eux-mêmes ne sont pas ©eux avec qui l'on apprend le phis. C'est l'esprit des sociétés qui développe une tête pensante, et qui

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