LIVRE IV. 3a
pidaire, avec son enflure, n'est bon qua souffler des nains. Les anciens montraient les hommes au naturel, et Ton voyoit que c'étaient des hommes. Xénophon honorant la mémoire de quelques guerriers tués en trahison dans la retraite des dix mille: Ils moururent > dit-il, irréprochables dans la guerre et dans [amitié. Y^là tout: mais considérez, dans cet éloge si court et si simple, de quoi Fauteur devoit avoir le cœur plein. Malheur à qui ne trouve pas cela ravissant !
On lisoit ces mots gravés sur un marbre aux Thermopyles :
Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois.
On voit bien que ce n est pas l'académie des inscriptions qui a composé celle-là \
1 * L'ëpitaphe Sta 9 viator, etc., a été faite pour François de Mercy, général allemand enterré sur le champ de bataille, à Nortlingen. Voyez Voltaire, Siècle de Louis XIV, ehap. 3.
Le mot de Xénophon sur les guerriers grecs tués en trahison, est à la fin du second livre de son histoire, et l'ëpitaphe des Spartiates morts aux Thermopyles est dans Hérodote, livre vu, § 228.
Quant à l'ëpitaphe de Sardanapale, elle est rapportée par Strabon; mais dans cet auteur elle est beaucoup plus longue, et a un tout autre caractère que celui que Rousseau lui donne par la manière dont il la présente. Voici cette épitaphe : « Sardanapale, fils d'Anacynda- « raies, fit bâtir en un seul jour la ville d'Anchiale et celle de Tarsus. « Passant, bois, mange, divertis -toi, car tout le reste ne vaut pas «même une chiquenaude. » ( Traduction françoise , in -4% tome iv, page 3;3. )
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Je suis trompé si mon élève , qui donne si peu de prix aux paroles, ne porte Sa première attention sur ces différences, et si elles n' influent sur le choix de ses lectures. Entraîné par kt méJe éloquence de Démosthène, il dira, G est un orateur; mais en lisant Cicéron, il dira , C'est un avocat.
En général, Emile pigndra pb*s de goût pour les livres des anciens que pour les bôtres; par cela seul qu'étant lès premiers, les anciens sont les plus près de la nature, et que leur génie est plus à eux. Quoi qu en aient pu dire La Motte et l'abbé Terrasson, il n'y a point de vrai progrès de raison dans l'espèce humaine, parceque tout ce qu'on gagne d'un côté on le perd de l'autre; que tous les esprits partent toujours du même point, et que le temps qu'oïl emploie à savoir ce que d'autres ont pensé étant perdu pour apprendre à penser soi-même, on a plus de lumières acquises et moins de vigueur d esprit. Nos esprits sont comme nos bras, exercés à tout faire avec des outils, et rien par eux-mêmes. FonteneHe disoit que toute cette dispute sur les anciens et les modernes se réduisoit à savoir si les arbres d'autrefois étoient plus grands que ceux d'aujourd'hui. Si l'agriculture avoit changé, cette question ne seroit pas im- .pertinente à foire.
Après l'avoir ainsi fait remonter aux sources de la pure littérature, je lui en montre aussi les