‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 26 sur 160 · LIVRE ÏV · texte numérisé non relu

LIVRE ÏV

lents et sûrs; empêchez que 1 adolescent ne devienne homme pu moment où rien ne lui reste à foire pour le devenir. Tandis que le corps croît , les esprits destinés à donner du baume au sang et de la force aux fibres se forment et s'élaborent. Si vous leur faites prendre un cours différent, et que ce qui est destiné à perfectionner un individu serve à la formation d un autre, tous deux restent dans un état de foiblesse , et l'ouvrage de la nature demeure imparfait. Les opérations de l'esprit se sentent à leur tour de cette altération ; et l'ame, aussi débile que le corps, n'a que des fonctions foibles et languissantes. Des membres gros et robustes ne font ni le courage ni le génie; et je conçois que la force de l'âme n'accompagne pas celle du corps, quand d'ailleurs les organes de la communication des deux substances sont mal disposés. Mais, quelque bien disposes qu'ils puissent être, ils agiront toujours fpiblemerit, $ils n'ont pour principe qu'un sang épuisé, appauvri, et dépourvu, de cette sub- s tance qui donne de la force et du jeu à tous les ressorts de la machine. Généralement on aperçoit * plus de vigueur d'ame dans les hommes dont les jeunes ans ont été préservés d'une corruption préniaturée, que dans ceux dont le désordre a commencé avec le pouvoir de s'y livrer; et c'est sans douter une des raisons pourquoi lej peuples qui ont des mœurs surpassent ordinairement en bon sens

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et en courage les peuples qui n'en ont pas. Ceux-ci

. brillent uniquement par je ne sais quelles petites qualités déliées, qu'ils appellent esprit, sagacité, finesse ; mais ces grandes et nobles fonctions de sagesse et de raison qui distinguent et honorent l'homme par de belles actions, par des vertus , par des soins véritablement utiles, ne se trouvent guère que dans les premiers.

Les maîtres se plaignent que le feu de cet âge rend la jeunesse indisciplinable , et je le vois : mais n'est-ce pasleur fautePSitôt qu'ils ont laissé prendre à ce feu son cours par les sens, ignorent-ils qu'on ne peut plus lui en donner un autre? Les longs et froids sermons d'un pédant effaceront-ils dans l'esprit de son élève l'image des plaisirs qu'il a conçus ? banniront-ils de son cœur les désirs qui le tourmentent? amortiront-ils l'ardeur d'un tempéra*ment dont ilsait l'usage? ne s'irritera-t-il pas contre les obstacles qui s'opposent au seul bonheur dont il ait l'idée? Et, dan£ la dure loi qu'on lui #*e$crit sans pouvoir la lui faire entendre t que verra-t-il, sinon le caprice et la haine d'un homme qui cher-

, che à le tourmenter? Est-il étrange qu'il se mutine et le haïsse à k son tour?

Je conçois bien qu'en se rendant facile on |ieut se rendre plu£$upportable , et conserver une ap~ parente autorité. Mais je ne vois pas trop à quoi , sert l'autorité qu'on ne garde sur son élève qu'en

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