‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 41 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

jours deux dans tout ce qu'ils leur font faire. Loin de ravaler ainsi leurs jeunes courages, n'épargnez rien pour leur élever lame ; faites-en vos égaux afin qu'ils le deviennent; et, s'ils ne peuvent encore s élever à vous, descendez à eux sans honte, sans scrupule. Songez que votre honneur n'est plusdans vous, mais dans votre élève : partagez ses fautes pour l'en corriger : chargez-vous de sa honte pour l'effacer: imitez ce brave Romain qui, voyant fuir son armée et ne pouvant la rallier, se mit à fuir à la tête de ses soldats , en criant: Ils ne fuient pas, ils suivent lettr capitaine. Fut-il déshonoré pour cela? Tant s'en faut: en sacrifiant ainsi sa gloire il l'augmenta. La force du devoir, la beauté de la vertu entraînent malgré ùous nos suffrages et renversent nos insensés préjugés. Si je recevois un soufflet en remplissant mes fonctions auprès d'Emile, loin de me venger de ce soufflet, j'irois partout m'en vanter; et je douté qu'il y eût dans le monde un homme assez vil ' pour ne pas m'en respecter davantage.

laisser à vingt leur bourse dans un brelan, et leur santé dans un mauvais lieu. Il y a toujours à parier que le plus savant de sa classe deviendra le plus joueur et le plus débauché. Or les moyens dont on n'usa point dans l'enfance n'ont point dans la jeunesse le même abus. Mais on doit se souvenir qu'ici ma constante maxime est de mettre par-tout la chose au pis. Je cherche d'abord à prévenir le vice; et puis je le suppose, afin d'y remédier.

1 Je me trompois, j'en ai découvert un; c'est M. Forme y.

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9 a EMILE.

Ce n'est pas que l'élève doive supposer dans le maître des lumières aussi bornées que les siennes et la même facilité à se laisser séduire. Cette opinion est bonne pour un enfant, qui, ne sachant rien voir, rien comparer, met tout le monde à sa portée, et ne donne sa confiance qua ceux qui savent s'y mettre en effet. Mais un jeune homme de l'âge d'Emile, et aussi sensé que lui, n'est plus assez sot pour prendre ainsi le change, et il ne seroit pas bon qu'il le. prît. La confiance qu'il doit avoir en son gouverneur est d'une autre espèce: elle doit porter sur l'autorité de la raison , sur la supériorité des lumières, sur les avantages que le jeune homme est en état de connoître, et dont il sent l'utilité pour lui. Une longue expérience l'a convaincu qu'il est aimé de son conducteur; que ce conducteur est un homme sage, éclairé , qui, voulant son bonheur, sait ce qui peut le lui procurer. Il doit savoir que, pour son propre intérêt, il lui convient d'écouter ses avis. Or, si le maître se laissoit tromper comme le disciple, il perdroit le droit d'en exiger de la déférence et de lui donner des leçons. Encore moins l'élève doit-il supposer que le maître le laisse à dessein tomber dans des pièges, et tend des embûches à sa simplicité. Que faut-il donc faire pour éviter à-la-fois ces deux inconvénients? Ce qu'il y a de meilleur et de plus naturel; être simple et vrai comme lui ; l'avertir des périls auxquels il s ex-

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