‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 42 sur 160 · LIVRE IV. 9 i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 9 i

pose; les lui montrer clairement, sensiblement, mais sans exagération, sans humeur, sans pédantesque étalage, sur-tout sans lui donner vos avis pour des ordres , jusqu'à ce qu'ils le soient devenus et que ce ton impérieux soit absolument nécessaire. S'obstine-t-il après cela, comme il fera très . souvent; alors ne lui dites plus rien; laissez-le en liberté, suivez-le, imitez-le, et cela gaiement, franchement ; livrez^vous , amusez-vous autant que lui, s'il est possible. Si les conséquences deviennent trop fortes, vous êtes toujours là pour les arrêter ; et cependant combien le jeune homme , témoin de votre prévoyance et de votre complaisance, ne doit-il pas être à-la-fbis frappé de lune et touché de l'autre! Toutes ses fautes sont autant de liens qu'il vous fournit pour le retenir au besoin; Or, ce qui fait ici le plus grand art du maître, c'est d'amener les occasions et de diriger les exhortations de manière qu'il sache d'avance quand le jeune homme cédera, et quand il s'obstinera, afin de l'environner par- tout des leçons de l'expérience, sans jamais l'exposer à de trop grands dangers.

Avertissez-le de ses fautes avant qu'il y tombe : quand il y est tombé, ne les lui reprochez point; vous ne feriez qu'enflammer et mutiner son amourpropre. Une leçon qui révolte ne profite pas. Je ne connois rien de plus inepte que ce mot, Je vous

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Cayois bien dit Le meilleur moyen de faire qu'il se souvienne de ce qu'on lui a dit est de paroître l'avoir oublié. Tout au contraire, quand vous le verrez honteux de ne vous avoir pas cru , effacez doucement cette humiliation par de bonnes paroles. Il s'affectionnera sûrement à vous en voyant que vous vous oubliez pour lui , et qu'au lieu d'achever de l'écraser, vous le consolez. Mais si à son chagrin vous ajoutez des reproches, il vous prendra en haine, et se fera une. loi de ne vous plus écouter, comme pour vous prouver qu'il ne pense pas comme vous sur l'importance de vos avis.

Le tour de vos consolations peut encore être pour lui une instruction d'autant plus utile qu'il ne s'en défiera pas* En lui disant, je suppose, que mille autres font les mêmes fautes, vous le mettez loin de son compte : vous le corrigez en ne paraissant que le plaindre : car, pour celui qui croit valoir mieux que les autres hommes, c'est une excuse bien mortifiante que de se consoler par leur exemple; c'est concevoir que le plus qu'il peut prétendre est qu'ils ne valent pas mieux que lui. -

Le temps des fautes est celui des fables. En censurant le coupable sous un masque étranger, on l'instruit sans l'offenser; et il comprend alors que l'apologue n'est pas .un mensonge, par la vérité dont il se fait l'application. L'enfant qu'on n'a ja-

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