LIVRE IV. i
« Là-dessus il me fit* en tendre qu après avoir « reçu mes confessions il vouloit me f&ire les sien- « nés. Jepancherai dans votre sein , me dit-il en « m'embrassant , tous les sentiments de mon cœur. « Vous me verrez, sinon tel que je suis, au moins « tel que je me vois moi-même. Quand vous aurez « reçu mon entière profession de foi , quand vous « connoîtréz bien l'état de mon ame, vous saurez « pourquoi je m'estime heureux, et, si vous pen- « sez comme moi , ce que vous avez à faire pour « l'être. Mais ces aveux ne sont pas l'affaire d'un « moment ; il faut du temps pour vous exposer « tout ce que je pense sur le sort de l'homme et « sur le vrai prix de la vie : prenons une heure, un « lieu commodes pour nous livrer paisiblement à « cet entretien.
« Je marquai de l'empressement à l'entendre.
« Le rendez-vous ne fut pas renvoyé plus tard «qu'au lendemain matin. On étoit en été; nous « nous levâmes à la pointe du jour. Il me mena « hors de la ville, sur une haute colline, au-des- « sous de laquelle passoit le Pô, dont on voyoit « le cours à travers les fertiles rives qu'il baigne ; « dans l'éloignement, l'immense chaîne des Alpes « couronnoit le paysage; les rayons du soleil le- « vant rasoient déjà les plaines, et, projetant sur «les champs par longues ombres les arbres, les « coteaux, les maisons, enrichissoient de mille ac-
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« cidents de lumière le plus beau tableau dont « l'œil humain puisse être frappé. On eût dit que a la nature étaloit à nos yeux toute sa magnificence « pour en offrir le texte à nos entretiens. Ce fut « là qu'après avoir quelque temps contemplé ces « objets en silence , l'homme de paix me parla «ainsi. »