‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 91 sur 160 · LIVRE IV. i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. i

Que lui sert de donner aux plus suspects voyageurs l'autorité qu'il refuse aux écrivains les plus célèbres? Quelques usages incertains et bizarres , Fondés sur des causes locales qui nous sont inconnues, détruiront-ils l'induction générale tirée du concours de tous les peuples, opposés en tout le reste, et d'accord sur ce seul point? O Montaigne ! toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai , si un philosophe peut l'être, et dis-moi s'il est quelque pays sur la terre où ce soit un crime de garder sa foi, d'être clément, bienfaisant, généreux; où l'homme de bien soit méprisable , et le perfide honoré.

Chacun, dit-on, concourt au bien public pour son intérêt- Mais d'où vient donc que le juste y concourt à son préjudice? Qu'est-ce qu'aller à la mort pour son intérêt? Sans doute nul n'agit que pour son bien; mais s'il n'est un bien moral dont il faut tenir compte, on n'expliquera jamais par l'intérêt propre que les actions des méchants : il est même à croire qu'on ne tentera point d'aller plus loin. Ce seroit une trop abominable philosophie que celle où l'on seroit embarrassé des actions vertueuses; où l'on ne pourrait se tirer d'affaire qu'en leur con trouvant des intentions basses

« terne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour de luy, ne « s'en peult desprendre sans remors, ny s'y appliquer sans applaudi s- « sèment. »

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et des motifs sans vertu ; où 1 on seroit forcé d avilir Socrate et de calomnier Régulus. Si jamais de pareilles doctrines pouvoient germer parmi nous, la voix delà nature, ainsi que celle de la raison, seléveroient incessamment contre elles, et ne laisseraient jamais à un seul de leurs partisans-Fexcuse de Fêtre de bonne foi.

Mon dessein nest pas d entrer ici dans des discussions métaphysiques qui passent ma portée et la vôtre, et qui, dans le fond, ne mènent à rien. Je vous ai déjà dit que je ne voulois pas philoso*pher avec vous, mais vous aider à consulter votre cœur. Quand tous les philosophes du monde prouveroient que j ai tort, si vous sentez que j'ai raison , je n'en veux pas davantage. .

Il ne faut pour cela que vous foire distinguer nos idées acquises de nos sentiments naturels; car nous sentons nécessairement avant de connoître; et comme nous n'apprenons point à vouloir notre bien et à fuir notre mal, mais que nous tenons cette volonté de la nature, de même l'amour du bon et la haine du mauvais nous sont aussi naturels que l'amour de nous-mêmes. Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments : quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c'est par eux seuls que nous connoissons la convenance ou disconvenance

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