LIVRE IV. i
qui existe entre' rions et les choses que nous devons rechercher ou fuir.
Exister pour nous, c'est sentir; notre sensibilité est incontestablement antérieure à notre intelligence, et nous avons eu des sentiments avant des idées \ Quelle que soit la cause de notre être, elle a pourvu à ^notre conservation en nous donnant des sentiments convenables à notre nature; et Ton ne sauroittiiiér qu'au moins ceux-là rie soient innés. Ces sentiments, quant à l'individu, sont l'amour de soi, la crainte de la douleur, l'horreur de la mort, le désir du bien-être. Mais si, comme on n'en peut douter, l'homme est sociable par sa nature', ou du moins fait' pour le devenir, il ne peut l'être que |>ar d'autres sentiments innés, relatifs à son espèce ; cd r, à ne considérer que le besoin physique, il doit certainement disperser les hommes au lieu de les rapprocher. Or c'est du système moral formé par ce double rapport à soi-même et à ses semblables que naît l'impulsion de la conscience. Connoître le bien , ce n'est pas l'aimer : l'homme
1 A certains égards les idées sont des sentiments et les sentiments sont des idées. Les deux noms conviennent à toute perception qui nous occupe et de son objet, et de nous-mêmes qui en sommes affectés : il n'y a que Tordre de cette affection qui détermine le nom qui lui convient. Lorsque, premièrement occupés de l'objet, nous ne pensons à nous que par réflexion, c'est une idée; au contraire, quand l'impression reçue excite notre première attention, et que nous ne pensons que par réflexion à l'objet qui la cause, c'est un sentiment.
n'en a pas la connoissance innée; mais sitôt que sa raison le lui fait connoître, sa conscience le porte à l'aimer; c'est ce sentiment qui est inné.
Je ne crois donc pas, mon ami, qu'il soit impossible d'expliquer par des conséquences de notre nature le principe immédiat de la conscience, indépendant de la raison même. Et quand cela seroit impossible, encore ne $eroit-il pas nécessaire: car, puisque ceux qui nient ce principe admis et reconnu par tout le genre humain ne prouvent point qu'il n'existe pas, mais se contentent de l'affirmer ; quand nous affirmons qu'il existe , nous sommes tout aussi bien fondés qu'eux, et nous avons de plus le témoignage intérieur, et la voix de la conscience qui dépose pour elle-même. Si les premières lueurs du jugement nous éblouissent et confondent d'abord les objets à nos regards, attendons que nos foibles yeux se rouvrent, se raffermissent; et bientôt nous reverrons ces mêmes objets aux lumières de la raison, tels que nous les montroit d'abord la nature: ou plutôt soyons plus simples et moins vains; bornons -nous aux premiers sentiments que nous trouvons en nousmêmes , puisque c'est toujours à eux que l'étude nous ramène quand elle ne nous a point égarés.
Conscience ! conscience ! instinct divin , immortelle et céleste voix; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre; juge