LIVRE IV. 2ii
je démandois, Quelle est la bonne? Chacun me ré-* pondoit, C'est la mienne; chacun disoit : Moi seul et mes partisans pensons juste; tous les autres sont dans Terreur. Et comment savezrvous que wtre secte est la bonne? Parceque Dieu Fa dit*. Et qui votes dit que Dieu l'a dit? Mon pasteur, qui le sait bien. Mon pasteur me dit d'ainsi croire, et ainsi je crois; il m'assure <jue tous ceux qui disent autrement que lui mentent, et je ne les écoiite pas.
Quoi! pénsois-je', la vérité n'est-elle pas une? et ce qui est vrai chez moi peut-il être faux chefc vous? Si la méthode de celui qui suit la bonne
I « Tous, dit un bon et sage prêtre, disent qu'ils la tiennent et la ,* croient .^ et tous usent de ce jargon), que non des hommes, ne
« d'aucune créature, ains de Dieu.
« Mais à dire vrai, sans rien flatter ni déguiser, il n'en est rien; « elles sont , quoi qu'on die, tenues par mains et moyens humains ; * « tesmoin premièrement la manière que les religions ont été reçues « au monde et sont encore tous les jours, par les particuliers.: la na- « tion, le pays, le lieu, donne la religion: Ton est de celle que le lieu « auquel on est né et élevé tient: nous sommes circoncis, baptisés, «juifs, mahométans, chrétiens, avant que nous sachions que nous « sommes hommes : la religion n'est pas de notre choix et élection ; « tesmoin, après, la vie et les mœurs si mal accordantes avec la re- « ligion; tesmoin que par occasions humaines et bien légères, l'on « va contre la teneur de sa religion. » Charron , de la Sagesse, liv. H, chap. v, p. 257, édit. de Bordeaux, 1601,.
II y a grande apparence que la sincère profession de foi du vertueux théologal de Gondom n'eût pas été fort différente dp celle du vicaire savoyard \
* Avant Charron, Montaigne avoit développé la même pensée, et avoit dit dans le même sens : « Nous sommes chrestieos à mesme tiltre que nous somme? « Perigordiens ou Allemands. » Liv. Il, chap. xn.
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route et celle de celui qui segare est la même, quel mérite ou quel tort a l'un de plus que l'autre? Leur choix est Feffet du hasard; le leur imputer est iniquité, c'est récompenser ou punir pour être né dans tel ou dans tel pays. Oser dire que Dieu nous juge ainsi , c'est outrager sa justice.
Ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu , ou , s'il en est une qu'il prescrive aux hommes, et qu'il les punisse de méconnoître, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée et connue pour la seule véritable : ces signes sont de tous les temps et de tous les lieux, également sensibles à tous les hommes grands et petits, savants et ignorants , Européens, . Indiens , Africains , Sauvages. S'il étoit une religion . sur la terre hors de laquelle il n'y eût que peine éternelle , et qu'en quelque lieu du monde un seul mortel de bonne foi n'eût pas été frappé de son évidence, le Dieu de cette religion seroit le plus inique et le plus cruel des tyrans.
Cherchons -nous donc sincèrement la vérité, ne donnons rien au droit de la naissance et à l'autorité des pères et des pasteurs, mais rappelons à l'examen de la conscience et de la raison tout ce qu'ils nous ont appris dès notre enfance. Ils ont beau me crier, Soumets ta raison; autant m'en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison.